samedi 8 décembre 2018

Jusqu'où peut-on remonter en généalogie ?

Lançons un petit débat : jusqu'où peut-on remonter en généalogie, d'après vous ?

Ce débat vient bien sûr de la fameuse question à 10cents "T'es remonté jusqu'où ?" quand quelqu'un qui ne sait pas l'enfer que c'est d'être un généalogiste pose soit-disant innocemment cette question alors qu'on sait tous que cette question a été créée par Lucifer contre nous !
Bref.
Respirons. Cette question que l'on nous pose assez souvent, nous pouvons nous la poser nous-mêmes différemment : jusqu'où puis-je espérer remonter cet arbre ?

L'idée d'en parler avec vous, mes adorables lecteurs (je peux checker le "léchage de bottes"), m'est venue en lisant un tweet de Juloz sur cet article.
Le monsieur en question parle de sa passion pour la généalogie et du fait qu'il est remonté jusqu'en 3000 avant JC. Le problème c'est que la quasi-totalité de l'article est réservé aux abonnés, mais le début ne fait pas envie.
Soyons sérieux quelques instants : en l'état actuel de nos connaissances, il n'est pas possible d'établir un arbre généalogique remontant à 5000 ans. Ca ne veut pas dire que ça n'arrivera jamais, mais on n'a pas les sources nécessaires.
Il s'agit bien sûr de fantasmes, de fausses généalogies et de quelques brins de naïvetés mélangés. Il existe des généalogistes malhonnêtes qui s'inventent des ancêtres en croyant que cela les rendra "plus fréquentables", mais il me semble que la majorité des erreurs relèvent de la naïveté ou simplement d'un grand manque de rigueur.
N'oublions pas que la généalogie est une passion pour la plupart. On peut aimer peindre sans vouloir être rigoureux, juste pour le plaisir d'écraser de la peinture sur une toile. On peut faire de la généalogie sans vérifier ses sources ou en croyant tout ce que l'on lit. Si on oublie que la passion est essentiel dans un hobby, alors on oublie qu'on pratique un loisir. Chacun a sa manière d'appréhender la généalogie.
Dans cet article qui invite à débattre, le but est d'essayer de voir jusqu'où on peut remonter en étant rigoureux historiquement (et donc scientifiquement).

Si vos ancêtres sont français, pas abandonnés, etc, vous pourrez remonter jusqu'à la Révolution. Pour les parisiens c'est compliqué puisque les archives ont brûlé durant la Commune ; ceci dit, vous avez aussi les registres notariés pour vous aider.
Au-delà de la révolution, tout dépend des régions, des communes, etc. Grosso modo, vous pouvez remonter vers le milieu du XVIIe grâce aux BMS (registres paroissiaux). Au-delà, ça se complique.
Pour améliorer les chances de grimper dans le temps, vous avez les minutes notariales. Elles-mêmes sont inégalement réparties dans le temps et dans l'espace.
Exemple : mes ancêtres de Valenciennes ne me sont pas parfaitement connus, surtout au début XVIIe car la moitié des registres notariaux ont été détruits durant la première guerre mondiale à cause des bombardements et le reste ne monte de toute façon guère au-delà.
A contrario, mes ancêtres marseillais peuvent être connus jusqu'au XIVe siècle sans soucis puisque Marseille a les plus vieilles minutes notariales de France toujours conservées.

Tout change si vous avez des notables ou d'anciens nobles dans votre arbre. La noblesse vous permettra de remonter plus facilement et assez loin dans le temps grâce aux nombreux travaux publiés sous l'Ancien Régime et même actuellement par les historiens qui s'intéressent toujours en priorité à la noblesse ou à la grande bourgeoisie. Vous pouvez monter de plusieurs générations d'un coup et, si vous êtes chanceux, vous trouver une ascendance royale qui a le mérite d'être en principe assez bien connue.

Le problème vient après. Jusqu'où remonter ? Jusqu'où croire les généalogies ?
Il me semble qu'il faut dans ce cas oublier les généalogies d'Ancien Régime et du XIXe et se concentrer sur les travaux récents. Grâce aux relectures de sources manuscrites, grâce à l'archéologie en grande partie, on peut un peu démêler les ascendances, mais en général, ça ne va pas plus loin qu'une ou deux générations (sauf rattachement surprise à une famille déjà connue).
Ainsi, de mémoire, les recherches ADN sur Toutankhamon ont montré que sa mère supposée ne l'était pas et que ses parents étaient frère et soeur (fréquent en Egypte antique pour la famille régnante).
Malgré tout, si vous croyez vous rattacher à un pharaon, vous faites erreur. Il est extrêmement compliqué d'établir une filiation antérieure à l'Antiquité tardive (IIIe au Ve siècles de notre ère) car on ne sait vraiment rien. Parfois on a un roi européen dont on ignore même le nom des parents et sur lequel on a des doutes quant à ses propres origines ! Il n'existe aucune filiation connue avec les Pharaons.
Ca ne veut pas dire qu'il n'y en a pas, mais on ne les connaît pas.

Personnellement, je ne m'intéresse pas aux généalogies médiévales ni aux généalogies nobles en général ; mes propres recherches me permettent de remonter, chez les roturiers, à un certain Guillaume Ricard originaire d'Allauch (à côté de Marseille) et ayant vécu à la fin du XIIIe siècle. Tout ça grâce aux dépouillements et reconstitutions de François Barby à partir des registres notariés de Marseille et des alentours !
J'ai des ancêtres plus lointains, descendants aussi de familles nobles et royales. Roglo fait remonter mon arbre jusqu'à l'arrière-grand-père de Conan Mériadec, qui aurait vécu au IIIe siècle de notre ère. Je n'ai pas étudié la question, regardé dans les bouquins les filiations, etc, dans ce cas particulier, donc je me tairai.

A partir d'un moment, quand on descend d'une famille étudiée par des historiens spécialisés, à quoi bon ? C'est bien beau, me semble-t-il, de pouvoir dire qu'on descend de Charlemagne, mais c'est juste un nom dans un arbre. La démarche généalogique est de reconstituer les liens. C'est de plus en plus, il me semble, la capacité à comprendre ces liens et cela nécessite de fouiller comme un détective. Que vais-je trouver de plus qu'un médiéviste sur Charlemagne ? C'est pourquoi je m'intéresse davantage aux oubliés, aux gens modestes ou aisés, mais sur qui on peut travailler.

Et vous alors, que pensez-vous de cette question ? Jusqu'où peut-on remonter ? Si vous avez des avis divergents, il ne faut pas hésiter, je ne mords presque jamais !

vendredi 7 décembre 2018

Comment transcrire un document en généalogie ?

On a tous affaire à des manuscrits quand on fait de la généalogie, mais une question revient souvent : comment transcrire ?
Il ne s'agit pas ici de vous apprendre à lire le document. Pour cela, il existe des formations par des associations, des cours à la faculté, des sites web... et vous-mêmes, en vous entraînant fréquemment.
Alors de quoi parle-t-on ? De règles ou plutôt de conventions et surtout de conseils.

Pour vous aider, nous allons travailler ensemble sur la transcription d'un document et voir ce qu'il faut faire : ce sera plus pratique que parler de manière abstraite.

Avant toute chose, la première règle est de ne jamais corriger l'orthographe, sauf dans les cas très précis que l'on va voir. La transcription n'est pas une "traduction", il s'agit d'écrire (à la main ou sur ordinateur) exactement ce que l'on voit.
Pourquoi ?
- On peut se tromper et donner un sens à un mot qui en avait un autre si on le transcrit mal
- L'orthographe et son maintien permettent à l'historien de savoir comment l'on pouvait orthographier tel mot ou encore au linguiste d'étudier par exemple les sonorités des mots suivant leurs orthographes (comme les différences régionales).
Pour vous, ça vous permettra aussi d'avoir plus d'authenticité et surtout d'exercer votre oeil en repérant, quand vous débutez, les lettres et non les mots. On n'apprend pas l'orthographe d'un mot sans savoir quelles lettres il contient...

Bref, passons au document (sous l'image, le lien vers l'original, en HD... et surtout dans le bon sens) :

Je vous conseille, surtout si vous débutez, de numéroter les lignes. Quand vous vous en sortirez mieux, vous pourrez vous passer de cela. En attendant, le faire vous permet, outre de savoir où vous en êtes dans le document, d'obtenir de l'aide sur les forums de paléographie ou les groupes Facebook.
Le document date de 1605 et je n'ai mis que la première page. L'année est importante parce que votre transcription ne sera pas la même suivant les siècles. En transcription (de documents en français), on peut distinguer trois périodes : le XVIe siècle, le XVIIe siècle et les documents postérieurs.
Gardons à l'esprit que nous avons un document du XVIIe siècle.

Le document a un titre, assez long et le titre fait partie des lignes :
1. Mariage entre Jehan Guillaume
2. Sauvecane d'une part
3. et Millete Seguine d'autre

A la première ligne pour le mot "Guillaume" et à la troisième pour "d'autre", nous avons des abréviations. Elles sont souvent repérables par le tilde, l'espèce d'accent au-dessus du mot.
Dans une transcription, il faut toujours "étendre" l'abréviation
Pas d'abréviation dans votre transcription, pas de parenthèses non plus, pas de signes particuliers. Rien de tout cela n'est nécessaire pour une abréviation. Pour l'orthographe du mot transcrit, on garde à l'esprit l'écriture du texte. Pour le XVIe, si vous avez une abréviation pour "cette" ou "dudit", il y a de fortes chances que le texte ait parfois le mot entier sous cette forme : "ceste" ou "dudict". Gardez l'esprit du texte tant que possible, mais il n'y a rien de dramatique si vous oubliez ! (rien n'est jamais dramatique)

On continue le texte :
4. L'an mil six cens cinq et le premier
5. jour du mois de novembre environ
6. l'heure de deux apres midy soyt
7. a tous notoire comme soyt esté
8. parlé contracter mariage par parolles

Ligne 6 "apres" et ligne 7 "a" n'ont pas d'accent. On ne met pas les accents, sauf à partir du XVIIIe siècle dans les transcriptions. A partir du XVIIIe siècle, vous pouvez mettre tous les accents.
Pourtant, me direz-vous, et "parlé" ligne 8 et "esté" ligne 7 ?
Bonne remarque.
Lorsque le mot se finit par "é" (parlé, acheté), donc surtout le cas du participe passé, on met l'accent. C'est le cas pour les XVIe et XVIIe siècles (et bien sûr après).
Si le mot est au féminin ou au pluriel (parlée, parlés, parlées) on ne met pas l'accent pour les documents du XVIe, mais on le met pour les documents du XVIIe.
C'est là la seule "règle" à vraiment retenir : celle des accents des participes passés.

On retient donc :
- Maintenir l'orthographe
- Etendre les abréviations
- L'accent final sur le participe passé singulier (acheté) est systématique, pluriel et/ou féminin seulement à partir du XVIIe siècle (achetée, achetées, achetés)
- On met tous les accents à partir du XVIIIe siècle
- On s'amuse

D'autres règles ou conventions existent, notamment dans le cas de notes tironiennes. Ces "notes" sont en fait des morceaux de mots en un seul signe : regardez ici comment ça fonctionne. Elles sont très fréquentes au XVIe, moins au XVIIe. Nous en utilisons toujours comme le "&" pour dire "et". Vous devez surtout retenir "per" "par" "pre" et "qui/que".
Quand vous voyez un mot ou un groupe de lettres qui est barré, il faut le noter et ajouter "barré" ou "biffé" : [biffé : accor]
Quand vous avez un renvoi, il faut inclure le texte renvoyé en fin de page ou de document à l'endroit où a été fait le renvoi : "il a esté *" vous notez : "il a esté [renvoi : accordé]".

Si vous avez des questions, des remarques, n'hésitez pas, les commentaires sont faits pour ça !

En cadeau bonus, je vous livre l'intégralité de la transcription de la page pour que vous puissiez vous entraîner :
1. Mariage entre Jehan Guillaume
2. Sauvecane d'une part
3. et Millete Seguine d'autre
4. L'an mil six cens cinq et le premier
5. jour du mois de novembre environ
6. l'heure de deux apres midy soyt
7. a tous notoire comme soyt esté
8. parlé contracter mariage par parolles
9. passees au louable tracté d'amis
10. comme entre Jehan Guillaume Sauvecane
11. filz legitime et naturel de maistre Jehan
12. Sauvecane notere royal et greffier et
13. de feue Françoise Rouxe de ce lieu
14. de La Tour d'Aigues diocese d'Aix d'une
15. part et damoyselle Miellete Seguine
16. vefve en premier lict de feu Victor
17. Briol de la ville de Marseille
18. fille legitime et naturelle de cappitaine
19. Mathieu Seguin et Bitronne Charlotte

Pour conclure, je suis ravi de n'être pas une femme ayant hérité des prénoms de ces aïeules (j'aurais souffert si j'avais été une femme nommée Bitronne ! mais tellement !).
Sinon, amusez-vous à transcrire, entraînez-vous et n'hésitez pas à aller sur les groupes Facebook ou les forums demander des conseils et de l'aide. Ou à voir avec un professionnel ou un enseignant !
A très bientôt !

mercredi 5 décembre 2018

Dans la bibliothèque du généalogiste : quelques publications aux PUR

Les PUR ? C'est quoi, ça ?
Je sais, je devrais pas écrire en abrégé, mais le titre serait trop long sinon. Les PUR sont les Presses Universitaires de Rennes.

Ne partez pas ! Il s'agit d'un éditeur que j'aime beaucoup, l'un de mes préférés dans le domaine historique parce que vous y trouverez une incroyable variétés de publications. Et cela pourra vous servir, généalogistes !

Les PUR publient divers travaux, allant de thèses remaniées aux habilitations en passant par des ouvrages issus de colloques. En fait, la plupart des ouvrages sont des livres collectifs venant de colloques ou rencontres. Si certains peuvent être intéressants, pas mal de colloques ont un gros défaut : un sujet assez général et des interventions très précises, ciblées, qui n'intéressent finalement pas grand monde. Mais la curiosité est une belle qualité, donc dès que le sujet me plaît, je me procure le livre, même si, à force, on sait que ce genre de livre est très inégal suivant les interventions.
Malgré ce bémol, qui concerne tous les éditeurs universitaires, les PUR ont un catalogue extrêmement riche, utile tant pour l'historien que pour le généalogiste. Je vais essayer de faire plus souvent de brefs "compte-rendus" de lecture et (si je m'en sors) vous verrez souvent cet éditeur.

Bref !
Le sujet de cet article est avant tout de parler concrètement de bouquins. Je ferai avec vous le tour d'éditeurs que j'aime bien en mettant en avant les nouveautés. Pour les bouquins plus anciens, on verra plus tard. J'ai regardé les publications des PUR de 2018 et ai sélectionné trois livres, rien que pour vous !

Commençons tout de suite :

Les pratiques politiques dans les villes françaises d'Ancien Régime. Communauté, citoyenneté et localité

Ce livre est écrit sous la direction de Claire Dolan. Il s'agit d'une historienne que j'apprécie beaucoup pour son ouvrage Le notaire, la famille et la ville consacré à Aix-en-Provence au XVIe siècle. Je vous conseille ce bouquin pour mieux connaître les notaires du midi et en général, la quasi-totalité des livres publiés dans la collection correspondante (Archives notariales je crois) aux Presses universitaires du Mirail (Toulouse). Vous y trouverez notamment des bouquins de Gabriel Audisio.
Ce travail précis, lui, est consacré à des villes françaises. Si le but est d'essayer de tirer des tendances globales, il se concentre sur trois villes : Marseille, Toulouse et Paris. Claire Dolan connaît très bien Toulouse et doit un peu connaître Marseille aussi, au moins via ses travaux sur Aix. Elle écrit en tant que directrice, entourée de six autres auteurs, ce qui est beaucoup.
Voici un extrait de la présentation de l'éditeur :
Le livre constate à quel point la localité était alors un enjeu politique et comment elle produisait elle-même des intérêts communs. La localité est ici, certes, une échelle d’analyse, mais elle permet aussi de voir à quel point les citadins construisaient des enjeux publics à partir de l’esprit communautaire auquel ils étaient attachés.

Il me semble que ce travail peut être utile au généalogiste. Souvent le généalogiste est hors-sol, il voit passer des noms, les met dans un arbre et voilà. Là, avec ce travail, on a peut-être une chance de voir s'articuler les citadins et leurs intérêts. Il me semble qu'on approche aussi d'une "histoire des réseaux", qui est très tendance ces dernières années et très pertinente. Le généalogiste établit un réseau familial abstrait (la parenté) et cherche parfois à concrétiser ce réseau (qui connaissait qui dans la famille, quel lien avec le père, la mère, les oncles, etc.). Dans ce livre, on semble être dans le cadre de la localité urbaine : les réseaux entre membres d'une même communauté.

C'est personnellement un livre que je vais acheter très rapidement. Le fait qu'il soit dirigé par Claire Dolan est un atout majeur à mon sens, le fait qu'il traite de Marseille est pour moi décisif, mais plus encore que mes préférences, le thème, l'approche nationale, générale, et l'histoire des pratiques dans une communauté (un réseau) semble faire de ce livre un must-have de cette année 2018. Espérons que le contenu soit à la hauteur de la promesse !

PS : Je viens de trouver la table des matières. Ca ne change rien au fait que je compte me procurer ce livre. Mais sur plus de 230 pages consacrées à trois villes, n'avoir que 20 pages sur Marseille crée immédiatement un déséquilibre qui fait tâche et met en doute le sérieux de la démarche. Plus de news quand j'aurai le livre et surtout quand je l'aurai lu.

Les femmes et la mer à l'époque moderne

Ce livre est écrit sous la direction d'Emmanuelle Charpentier et de Philippe Hrodej. Je ne suis pas très familier de ces auteurs, j'avoue ! Je connais Emmanuelle Charpentier via sa thèse, mais sans plus. Quant au co-directeur je ne le connaissais pas ; il est spécialisé dans les corsaires et a publié plusieurs ouvrages sur ce thème. Nous avons affaire à deux spécialistes de l'histoire maritime.

Cependant, ce qui m'intéresse, c'est pas un énième livre d'histoire maritime, c'est le lien fait entre les femmes et la mer. Il y a toujours quelques exemples de femmes sur des bateaux, mais le fait semble très rare et surtout on parle davantage des marins, des pêcheurs, des hommes, que des épouses, mères et filles. Emmanuelle Charpentier publie beaucoup dessus. Gilbert Buti (qui a travaillé avec les deux directeurs de ce livre à d'autres endroits et qui publie une communication dans celui-ci) a aussi travaillé sur ce terrain en étudiant la pluri-activité des gens de mer (et donc le travail des femmes quand le mari est en mer).

Le sujet est passionnant. Mais ! il s'agit d'un ouvrage collectif avec 17 auteurs. Ce qui veut dire forte disparité, puisque interventions variées sur divers sujets. J'ai donc décidé de regarder un peu la table des matières.

Le point positif, assez rare malheureusement, est la présence d'une conclusion. En général, on a une introduction et une suite d'interventions sans conclusion. Malgré tout, le sommaire est très disparate. Le livre couvre l'époque moderne et le XIXe siècle, concerne aussi bien les territoires français que néerlandais, les populations russes ou des Shetland. Vous avez les récits de voyage de la bourgeoisie/aristocratie mélangés avec des fileuses. Des pêcheurs, des marins militaires, des voyages en bateaux.

Bref, Les femmes et la mer concerne bien les femmes et la mer en général. Sauf que chaque intervention étudie un cas particulier, voire extrêmement particulier. Hormis le thème du livre, il semble n'y avoir aucun liant. Je vous mets le lien vers la table des matières, parce que même si le livre paraît s'éparpiller, vous pouvez trouver quelques communications qui vous intéresseront en particulier. C'est mon cas, mais ce sera plutôt, dans un premier temps, une consultation en bibliothèque. Il reste important de traiter ce genre de sujet et rien que pour avoir réuni tous ces chercheurs, je tiens à féliciter les directeurs de la publication.

La société fluide. Une histoire des mobilités sociales (XVIIe-XIXe siècles)

Livre rédigé par Richard Flamein. Je ne connais pas du tout l'auteur de cet ouvrage qui est une version remaniée de sa thèse de doctorat. J'ai été intrigué par le titre et surtout le sous-titre ("une histoire des mobilités sociales"). C'est la raison pour laquelle j'ai regardé le résumé éditeur, la table des matières puis que j'ai acheté ce livre, malgré quelques atermoiements.
Le titre du livre est attirant et promet. Mais le résumé éditeur est une véritable douche froide me concernant. Je vous expliquerai pourquoi je l'ai tout de même acheté (pas encore lu) et pourquoi je ne regrette pas cet achat.
Voici le résumé éditeur dans son intégralité :
Les mobilités sociales n’ont jamais été véritablement un objet historiographique, celles d’Ancien Régime en particulier, volontiers tenues pour inexistantes. Il est vrai que la société dite d’ordres a longtemps servi de contremodèle, pour ne pas dire de repoussoir, consacrant, dans les sociétés démocratiques, des dynamiques parfois plus supposées que réelles. L’approche retenue en fait la particularité : délaissant les catégories traditionnelles posées comme a priori, elle offre une matrice fluide du mode de production empirique des mobilités et des identités bourgeoises, par une analyse méticuleuse de ses univers matériels, de ses réseaux de propriétés et de sociabilités. De la Malmaison à la place Vendôme, du négoce normand à la création de la Banque de France, de la traite négrière à l’argent d’Espagne, le livre épouse la formidable ascension de la dynastie Le Couteulx sur sept générations. Il propose, en définitive, un tableau totalement inédit des mobilités sociales bourgeoises, entre 1600 et 1824.

Bien... Déjà, les mobilités sociales sont très souvent étudiées et en particulier l'ascension sociale, dans la notabilité en générale et surtout dans la bourgeoisie et l'aristocratie "nouvelle". Deux thèses me viennent en tête sur ce sujet, celle de Claire Châtelain (Chronique d'une ascension sociale) et celle d'Alain Servel sur le pays d'Apt. Il n'y a rien de nouveau à parler d'ascension sociale, c'est un objet d'étude omniprésent. Avant de venir aux points qui m'ont fait acheter ce livre en particulier, autre point qui me chagrine. On nous présente une histoire "des" mobilités sociales alors qu'il ne s'agit pas des mobilités mais d'une seule mobilité, l'ascension. Le déclassement social, presque jamais étudié sur la longue-durée (déclassement de branches familiales ou de familles entières donc, pas simplement le déclassement d'un individu), semble ici passé sous silence. De plus, le livre traite d'une seule famille, ce qui limitera peut-être les comparaisons dans le texte même, surtout qu'il s'agit d'une "formidable ascension" et que la famille en question semble être arrivée au sommet de la hiérarchie sociale, évacuant toute forme d'ascension intermédiaire (un petit négociant fils d'ouvrier ou même un laboureur propriétaire fils d'un travailleur de la terre).

Malgré tout, traiter d'une seule famille n'est pas un problème en soi, surtout qu'étant donné qu'il s'agit d'une thèse publiée, le propos doit être bien sûr élargi. Ce qui peut intéresser le généalogiste (ou même l'historien) qui ne s'intéresse absolument pas à cette famille Le Couteulx (c'est-à-dire à peu près tous les lecteurs) va se situer ailleurs.

Et finalement, le titre et le résumé éditeur sont peu éclairants sur ce qui me semble être le point fort de ce livre et qui justifierait d'emblée sa lecture : son approche. Une approche spatialisée de la bourgeoisie : comment la mobilité sociale et spatiale vont de paire ? C'est même l'univers matériel (pour reprendre l'expression presque noyée dans le résumé) qui semble être au coeur de ce livre. Et ça, c'est intéressant.

L'auteur semble se diriger vers une étude des objets en général, du logement aux bijoux. Comment les objets nous permettent-ils de mieux appréhender le propriétaire et l'image qu'il se faisait de lui-même ? Pour le généalogiste, l'objet est intéressant dans sa transmission : y a-t-il des objets dont on hérite ? Pourquoi cet objet plutôt qu'un autre ? Les dimensions symboliques doivent être puissantes dans ce mécanisme.

En somme, ce livre me paraît être une excellente lecture que j'ai hâte de débuter. Je vous en dirai davantage quand je l'aurai lu, il est au chaud dans ma bibliothèque. Depuis quelques années, l'idée de travailler sur la transmission de l'objet à travers plusieurs générations m'effleure et cela peut intéresser tout généalogiste ayant chez lui des objets ayant appartenu à des aïeux. Je trouve dommage que le titre et le résumé éditeur ne donnent pas spécialement envie d'acheter ce que la table des matières révèle. Restez connectés, on reparlera bientôt de ce livre !



Voilà, ce sera tout pour cet article. En me relisant, je me trouve parfois un peu dur avec les PUR et même avec les auteurs. Je tiens à préciser aux lecteurs de cet article que si j'écris sur les PUR c'est que j'aime ces éditions et si je parle de ces livres c'est qu'ils m'intéressent. Certes, je ne pourrais parler que de ce qui me semble positif, mais je préfère rester honnête et dire quand une chose me plaît moins ou que j'ai des doutes.

Les Presses universitaires de Rennes font un boulot incroyable en publiant énormément. Dans le domaine historique il doit s'agir du premier éditeur universitaire en nombre de publications ; j'ai d'ailleurs facilement une vingtaine de leurs bouquins chez moi. Je vous conseille de faire un tour dans leur catalogue, vous trouverez forcément chaussure à votre pied.

Les livres cités ici feront probablement une apparition avec un avis après lecture (qui me semble être le seul avis qui compte vraiment). N'oubliez pas, il s'agit dans les articles du type de celui-ci de présenter avant tout des ouvrages qui peuvent être intéressants, et pourquoi.



Sur ces bonnes (?) paroles, prenons un bouquin et instruisons-nous !

mardi 4 décembre 2018

Se réinventer en généalogie


La généalogie est une passion qui nous prend et ne nous lâche plus. Pourtant, par moments, on a des doutes sur nos méthodes, notre manière d'appréhender les documents, etc. Il faut alors peut-être songer à se "réinventer".

Oui, le terme est un peu fort, mais vous pouvez voir, dans votre carrière de généalogiste, qu'à un moment, tout change... ou presque ! C'est ce qu'il m'est arrivé il y a quelques années quand j'ai décidé de reprendre tout mon arbre afin de mieux traiter les documents d'archives et certains détails comme les témoins (qui ne sont pas si anodins !).

Sans aller jusqu'à redémarrer votre arbre, je peux donner un petit conseil personnel : relire des actes étudiés il y a longtemps, notamment si c'était à une période où l'on prêtait moins attention aux détails. Ca permet de vérifier s'il n'y a pas eu un oubli de votre part, une mention, quoi que ce soit qui puisse vous permettre de mieux connaître votre ancêtre.

Se réinventer, c'est aussi innover. Changer de manière de faire. L'informatique et notamment les archives en ligne ont été un tournant en généalogie. Les bases de données aussi. Elles vous permettent d'avoir rapidement des fratries, des cousinages ou des aïeux directement. Et avec les AD en ligne, vous pouvez avoir accès à l'acte très vite. D'autre sources s'offrent à vous, comme les journaux, les archives non numérisées mais aussi d'autres ressources.
Utiliser une carte postale ancienne pour illustrer un village, profiter des numérisations des bénévoles sur Geneanet par exemple, lire un bouquin soit régionnaliste soit sur une profession, tout cela permet au généalogiste de mieux comprendre le passé de ses ancêtres et peut-être de trouver aussi de nouvelles méthodes pour son propre traitement des données.

Ca vous paraît abstrait, et c'est assez vrai. C'est pourquoi je vais vous donner un exemple concret.

Mes recherches sur la famille patronymique de ma mère m'ont fait remonté jusqu'au temps des guerres de Religion. Un certain Salomon Lombard est un des plus vieux ancêtres connus. Il avait une certaine aisance et, surtout, il a passé pas mal d'actes chez les notaires dans le sud de Vaucluse (Tour-d'Aigues et Lourmarin, notamment).
Comment traiter tout cela ? Comment traiter des dizaines d'actes notariés sur une même personne ?
En vous posant des questions. Du moins en posant des questions aux documents. Un acte de vente peut dire des tonnes de choses. Mais vous, que voulez-vous savoir grâce à ce document ? Voulez-vous juste savoir le prix de la transaction, les noms des parties ? Ou voulez-vous savoir si ce type de vente est fréquent ?
Suivant votre question, votre recherche va être différente.
Le prix de transaction, le nom des parties, vous aurez ça directement dans l'acte, limite si le notaire l'a pas souligné en rouge.
Pour aller au-delà, il peut être intéressant de prendre le registre complet et de regarder "combien de ventes" "quels prix" "qui vend, qui achète". C'est à vous de construire votre connaissance de l'ancêtre en question et, par exemple, on ne connaît pas véritablement la valeur d'une somme d'argent au XVIIe ; il faut comparer avec d'autres ventes, voir les sommes et avoir enfin une idée de grandeur.

Si votre but est surtout de faire des liens généalogiques, vous n'aurez pas forcément besoin de tout ce travail de contextualisation. Mais vous devrez aussi vous poser des questions. Pourquoi "Jeanne Dupont" est la marraine de "Jeanne Durand" ? Peut-être y a-t-il un lien de parenté, un lien par alliance, un lien professionnel avec les parents, etc. Les parrains, plus encore que les témoins, sont d'une importance cruciale et souvent vous débloqueront un arbre. Prenons encore un exemple :
Mon ancêtre Jean Bidule a eu de son épouse un fils : Pierre Bidule. Son parrain est Pierre Machin et sa marraine Anne Truc. Sans liens de parenté notés ou apparents.
Vous aimeriez savoir qui sont les parents de Jean Bidule, mais vous n'avez pas son acte de mariage.
Par contre, vous trouvez, bien avant, un acte de baptême d'un Jean Bidule fils de Paul Bidule et d'Anne Truc. Est-ce le vôtre ?
Probablement. Pourquoi ? Parce que le premier baptême donne comme marraine Anne Truc. Et là, vous avez bien une Anne Truc mère d'un Jean Bidule. Si l'on ne peut être sûr à 100%, la probabilité est très élevée. Il faut garder en tête que la généalogie, notamment "lointaine", est avant tout affaire d'hypothèses plus ou moins probables !
C'est pourquoi il faut toujours noter les parrains et marraines, même si vous faites une généalogie "simple", avec seulement les liens de parenté, sans creuser davantage l'histoire familiale.

Ce sont de petites choses, que beaucoup font probablement. Malgré tout, quand j'ai commencé, je ne le faisais pas. Au fur et à mesure, j'ai pris conscience de certaines choses importantes à faire et me suis aussi inspiré de diverses lectures. C'est ainsi qu'on se réinvente. On peut affiner ses connaissances et surtout, renouveler le plaisir de la recherche.

Un dernier point pourrait concerner le "blogging". Un blog, quand il est un peu vieux (celui-ci a fêté ses 8 ans il y a quelques mois) doit aussi se réinventer, se renouveler. Il faut trouver de nouvelles idées (et du temps pour écrire, ce qui m'a beaucoup manqué !) car on peut avoir vite fait le tour. Encore une fois, tout dépend de ce que vous voulez raconter. Si c'est pour parler de tous vos ancêtres, alors, vous avez de quoi faire pour plusieurs vies, mais, si vous avez d'autres envies, c'est pas évident.
Je reviendrai sur les blogs de généalogie dans un autre article, mais je souhaitais vous en parler brièvement parce que, si "Sacrés Ancêtres!" ne se réinventent pas totalement, gardant son côté "va-t-il publier un article sérieux ou encore déconner sous LSD ?", je peux vous dire que le blog devrait un peu s'activer dans la période qui arrive.

La conclusion de cet article est simple : Eclatez-vous et pensez à sortir des normes. La généalogie est un loisir pour la plupart d'entre nous, amusez-vous à émettre des hypothèses, à revoir des documents en vous posant toutes les questions possibles.

mardi 30 octobre 2018

Génétique et généalogie : Le retour

Peu de temps après le précédent billet (NB : j'ai commencé à travailler cet article y a 2 mois et, à cause d'une surcharge agrégative, je le redécouvre aujourd'hui !!) et suite à de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, parfois très pertinents, j'ai décidé d'approfondir mon argumentaire et surtout de me renseigner et de comprendre davantage votre avis.

Il faut dire que j'avais écrit cet article sans chercher à lire des avis sur la "généalogie génétique" et en me fondant sur mes connaissances et mon travail sur la parenté, que ce soit d'un point de vue historique ou anthropologique.

Cette fois-ci, je vais vous mettre des liens vers quelques articles. Vous savez, on lit souvent, à droite à gauche des articles ou des messages de personnes souhaitant des normes communes en généalogie. Gestion des sources, arbre universel, classement des documents. C'est oublier, à mon avis, que la généalogie n'a pas une méthodologie propre. Pour cela, il faudrait la théoriser et avoir un consensus chez les chercheurs. Et quand bien même, comme l'Histoire, on aurait la généalogie universitaire d'un côté et la généalogie comme loisir de l'autre, les deux pouvant se croiser mais jamais totalement fusionner.
En effet, impossible de dénier à Stéphane Bern ou Lorant Deustch une certaine pratique de l'Histoire. Histoire loisir, histoire vulgarisée, histoire blockbuster, mais histoire quand même. Et intuitivement, vous savez qu'il y a une différence entre un livre de Lorant Deutsch et une thèse sur les outils de la paysannerie en Neustrie.

C'est pourquoi, que ce soit clair, je n'émets aucun jugement de valeur sur les généalogistes ayant telle ou telle pratique. Ca m'empêche pas de considérer la psychogénéalogie comme du charlatanisme ou la "généalogie génétique" comme autre chose que de la généalogie. J'essaie d'étayer mes opinions avec un argumentaire auquel vous pouvez ou non adhérer : je n'ai pas la science infuse, ne suis pas plus légitime qu'un autre et au final, mon côté "anarchiste" me pousse à dire que chacun fait bien ce qu'il veut !

Mais revenons à vos commentaires et articles sur la question. Ce qui m'a le plus intéressé dans le (peu) que j'ai lu, c'est la possibilité de trouver des cousins grâce à l'ADN. Il peut y avoir d'autres utilités comme la vérification d'une légende familiale.
Comme vous pouvez le constater, la généalogie génétique a pour principal attrait la recherche de collatéraux (qui sont probablement généalogistes s'ils ont voulu passer ces tests). De collatéraux contemporains, du moins.
Les résultats nous donnent un indice. Machin serait votre cousin à la 6e génération. A vous de trouver ensuite le lien de parenté exact, le chemin dans vos arbres qui vous relie.
Ca reste une information, comme un article de journal, un acte, des notes sur une feuille volante. Cette information peut avoir un intérêt généalogique, tout comme un article de La Provence sur une minoterie du XIXe siècle, tout comme... tout en fait.
Comme en Histoire, tout matériau peut être utilisé. Mais une pierre gravée n'est pas de l'Histoire, tout comme un acte de baptême n'est pas de la généalogie.

La généalogie est la manière, tout à fait humaine, d'agencer les informations par recoupements en vue d'établir une parenté. Et c'est cela qui était au coeur de mon précédent article : la parenté en généalogie. D'Averne et d'Armorique, dans un article fort intéressant, parle de "généalogie administrative". Je rejette complètement l'expression, mais pour en arriver là, il développe une réflexion que je rejoins. La parenté n'est pas une expression biologique en généalogie.
Dans le précédent article, je vous ai expliqué en quoi on avait des a priori scientistes sur des réalités anthropologiques. Le tabou de l'inceste était l'exemple. Pourquoi les animaux, d'eux-mêmes (donc sans élevage de "races"), n'ont pas ce tabou ? Pourquoi serait-ce seul l'être humain qui subirait d'éventuelles conséquences immédiates avec un enfant difforme ou malade ? L'inceste est au coeur de la parenté chez l'être humain... du moins son tabou. Très rares sont les cas d'incestes approuvés. Je ne connais pas toutes les civilisations et toutes les sociétés humaines qui ont existé ou existent encore, mais nous connaissons tous le cas des Pharaons. On faisait pas plus incestueux. Ramsès II qui faisait des gosses à sa mère, ses soeurs, filles et petites-filles, par exemple. Mais Pharaon n'était pas humain, il n'était pas considéré comme tel. Par effet de miroir, il pouvait et devait transgresser ce qui caractérisait ses sujets. On trouve la même chose dans les mythologies grecques et romaines avec des incestes légitimes.
Alors pourquoi l'inceste dans cet article ? Pour vous montrer qu'on ne fonde pas notre conception familiale sur des raisons biologiques. L'inceste est tabou pour des raisons d'alliances matrimoniales et de survie de la famille. On parle d'échange des filles. En somme, on accepte de donner sa soeur à un autre homme qui en échange donne sa propre soeur. Cela permet l'alliance avec une autre famille et empêche l'isolement et donc à terme, l'extinction. Cela permet de former des sociétés humaines. L'inceste, d'ailleurs, a besoin d'une réglementation : cela montre qu'il n'est pas évité "naturellement". L'inceste a lui-même plusieurs définitions. A Athènes n'était pas incestueux un mariage entre demi-frère et demi-soeur s'ils avaient le même père ; à Sparte, c'était la même mère. La société chrétienne a interdit pendant longtemps les mariages entre cousins, même éloignés, avant de procéder à des dispenses nous informant que l'inceste concernait outre les ascendants et les descendants, les frères et soeurs (y compris "demi), tandis que le mariage oncle/nièce, tante/neveu pouvait se faire avec une dispense.

Mais revenons à l'ADN ! Le blog Aventures généalogiques propose un article qui évoque aussi ce que je viens de dire. En filigrane que l'ADN peut être un "outil" (je dirais plutôt une information). L'auteur dit que cela peut corroborer ou infirmer des filiations plus ou moins lointaines. A travers un recoupement de données, sur un échantillon colossal de la population, ça peut. Du moins, génétiquement.

Car je ne vous parlais pas de "tabou de l'inceste" au milieu d'un article sur la "généalogie génétique" pour faire genre : "Hey, regarde comme je m'y connais !"
Non.
Si je vous parle de tout ça, c'est pour faire d'abord une confession : la génétique peut venir à l'appui d'une thèse généalogique. Oui, j'avoue ! C'est normal puisque la plupart du temps vos parents sont vos géniteurs et ainsi de suite. Il y a donc de bonnes chances que vous puissiez confirmer une filiation civile par une filiation génétique et donc trouver des cousins.

Mon opposition à la "génétique" comme généalogie repose, vous l'aurez compris, sur ce qu'est une famille, ce qu'est une filiation.
La "dérive scientifique" de la famille qui deviendrait simplement biologique oublie que la famille n'existe pas. Enfin... elle n'existe pas naturellement au sens où on l'entend. Être d'une même famille passe d'abord par une reconnaissance réciproque (tu es de ma famille, et l'autre dit la même chose) qui se base sur une filiation proche, lointaine, qu'elle soit naturelle ou adoptive et par un tas d'autres machins comme, par exemple, le partage de rites religieux, d'un même toit, la reconnaissance de la société, etc.

Il me semble que depuis pas mal de temps, notamment depuis les numérisations, les généalogistes sont passés à autre chose qu'à l'alignement de noms et de dates dans un "arbre". C'est ce que je défends depuis des années sur ce blog : le généalogiste a évolué. Il se rapproche de l'historien, il devient historien.
Malgré tout, le XXe siècle est celui du scientisme, idéologie abandonnée par les chercheurs (comme la sociobiologie, le darwinisme social, etc) mais pourtant, toujours bien ancrée dans les mentalités. La science détiendrait la vérité, la vérité sur "pourquoi la Terre tourne" aussi bien que sur "la famille", "la littérature", "la société", etc.
La généalogie, l'histoire, mais aussi la sociologie, l'économie, la littérature, la linguistique et la philosophie ne sont pas des sciences physiques. Ces dernières émettent des "lois" ou par exemple utilisent dans leur procédé l'observation. J'ai jamais observé les populations hongroises du Moyen-âge, de mon côté. Les sciences physiques/mathématiques et les sciences humaines/sociales travaillent ensemble (histoire de l'environnement par exemple, études quantitatives, etc.). Il ne faut pas pour autant croire que certaines sont au-dessus des autres parce qu'elles font une science qui implique des lois.

La généalogie doit se dégager de cette impression que la biologie va leur dire d'où ils viennent. Car, s'ils le croient, alors le généalogiste donnera raison à celui qui se moque en disant : "La généalogie ça sert à rien, on est tous de la famille de Lucy" (remplacez Lucy par Adam et Eve ou peu importe). L'ADN est utile dans les recherches sur plusieurs points : trouver un collatéral ou identifier une maladie génétique. Mais j'ai bien l'impression que chez beaucoup, cette quête est présente par "intégration" des conceptions biologisantes de la société.
On l'a vu quand il a été question de faire des tests ADN aux immigrés pour prouver que machin était le fils de machin2. On le voit toujours quand on affirme que la filiation adoptive de deux hommes ou deux femmes (comme parents) est contraire à la Nature (Gaïa, si tu me lis). Il s'agit de propos ignorants, ignorants de ce qu'est une société ou une famille et qui plaquent sur la biologie (et la plupart des biologistes aimeraient qu'on leur foute la paix, afin qu'ils puissent continuer leurs recherches) leur idéologie.

Pendant longtemps, les femmes étaient cloîtrées chez elle et ne pouvaient pas voir d'hommes sans l'accord de leur mari (et sous son étroite surveillance). Pourquoi ? Parce que, oui, l'homme voulait être sûr d'être le père de l'enfant. Pour diverses raisons, d'ailleurs, dont l'orgueil, le souhait d'avoir sa propre descendance, mais aussi pour des raisons d'ordre et d'héritage. Pour autant, l'homme pouvait refuser de reconnaître son enfant dans les sociétés anciennes. En Grèce, 10 jours après la naissance de l'enfant, le père choisissait si oui ou non il était le père. Il pratiquait un rite (l'amphidromie) dans lequel il présentait l'enfant qu'il acceptait au foyer en lui faisant faire le tour de ce dernier. S'il refusait de reconnaître l'enfant, il l'exposait. Chez les Na (en Chine), il n'y a même pas de mot pour "père", car l'enfant n'en a pas (les femmes ne se marient pas, le terme "mari" n'existant pas non plus ; les femmes sont "visitées" par un amant dans leur chambre). Quelle est la famille de ses Na ? L'enfant (ego) a une mère, des frères et soeurs, une grand-mère, des oncles et tantes. Si vous lui faites un test ADN et que vous dites à ego que son père est son voisin, il vous rira au nez (si tant est que vous soyez apte à expliquer la notion de père dans une langue où le mot et donc le concept sont absents).

La génétique est liée à la reproduction de l'espèce. La famille et la société caractérisent l'être humain. Pour éviter de faire un article encore plus long, je vais simplifier à outrance.
La généalogie génétique a des attraits et peut faire des ponts avec la généalogie. Mais la généalogie génétique est une généalogie des gènes, des chromosomes, etc. L'être humain en ce qu'il se différencie d'un castor reste inconnu (puisqu'ils ont le même comportement de reproduction).
La généalogie, au sens historique, replace la filiation dans la société. On remet l'enfant à ses parents, à ses frères, soeurs, etc. Non pas pour faire un arbre sans autre intérêt que de décorer le salon, mais pour essayer de replacer un ancêtre, un individu, dans un contexte. C'est une généalogie comme science humaine. Elle vise à savoir d'où l'on vient et surtout comment "l'on vient" : les processus, les motivations, les raisons d'une alliance, l'éducation, etc.

Si je simplifie, si je suis un peu radical, c'est parce que le choeur semble unanime. Tout le monde défend la génétique comme la généalogie de demain.
Il faut être conscient de l'avancée grandiose des sciences biologiques, de l'apport des recherches ADN pour la médecine et même pour certains généalogistes qui trouvent des cousins (ou un frère comme j'ai vu récemment !).
Mais il faut aussi être conscient que la génétique ne vous permettra pas de savoir ce qu'est une famille, ce qu'est une société. Que la génétique appliquée à la généalogie n'est pas la généalogie pratiquée depuis des siècles. 
Vous aurez autre chose.
Quelque chose qui ne tient pas compte de la famille.
Mais vous aurez autre chose, et ce "autre chose" reste à définir.

Pour conclure, j'aimerais donner un avis très personnel sur la démarche en elle-même. Parce que je ne m'oppose pas forcément à la légalisation de ces tests ou à leur utilisation. Chacun fait bien ce qu'il veut et, si je prends la plume, c'est plutôt pour donner voix à une autre conception de la famille et de la société.
Cet avis particulier, donc, concerne la peur que je peux avoir. Je ne vois pas du tout comme rassurant que les gens donnent leur ADN pour un loisir et pour des résultats aussi faibles. J'y vois comme le fichage parfait des individus. Tout problème génétique, toute caractéristique, éventuellement toute origine, tout ça est donné à des organismes qui collectent les informations. Et oui, j'espère bien qu'aucune organisation (gouvernementale ou non) mal-intentionnée n'aura jamais accès à ces données. Surtout lorsque l'on sait que votre ADN donne des indications sur tous vos proches. En somme, je crains que ces tests "pour la généalogie", donnés volontairement, soient à terme un danger.

samedi 1 septembre 2018

L’anti-généalogie : quand la génétique s’en mêle


Après une longue absence, Sacrés Ancêtres ! revient rien que pour vous, chers lecteurs ! Cela fait 8 ans désormais que le blog existe et il s’en est passé des choses durant toutes ces années dans le petit milieu de la généalogie.

Il y a notamment cette mode de la « généalogie génétique ». Le principe ? Envoyer des échantillons salivaires et recevoir des résultats vous disant de quelles zones géographiques vous êtes originaire.

Dans cet article, je ne chercherai pas à contredire ou à soutenir l’aspect scientifique de ce genre de données. Outre que je ne suis pas biologiste, ça ne m’intéresse pas vraiment. Vous pourrez trouver sur Internet des développements plus ou moins longs là-dessus et aussi beaucoup d’interrogations de personnes qui ont des « interprétations » différentes de leurs résultats suivant les compagnies, ou des frères et sœurs aux résultats différents. Visiblement, il y a un problème lors de l’interprétation des résultats qui peuvent vous dire dans la compagnie A que vous êtes majoritairement nord-africain et dans la compagnie B majoritairement scandinave. Mais admettons que tout cela s’améliore. Est-ce de la généalogie ?

Non.

La « généalogie génétique » n’est pas de la généalogie. Et si vous trouvez un intérêt dans vos résultats, ce ne sera pas un intérêt généalogique.

Pourquoi ? Parce que la généalogie n’est pas une histoire de gènes justement. Déjà, aucune entreprise ne vous fournira d’arbre généalogique, aucune entreprise ne vous fournira de localisation précise, de dates précises et encore moins d’explications sur la vie de vos ancêtres. Mais ça… à la limite…

Le véritable problème de ces tests ADN vient d’une pensée terriblement ancrée dans les populations occidentales depuis un siècle : le scientisme et la biologie comme vérités sur l’être humain. L’être humain a des particularités, comme le langage, la vie en société évoluée, la conscience de soi, etc. N’en déplaise aux antispécistes qui considèrent que la vie d’un humain ne vaut pas plus que celle d’une crevette. Le fait d’être en société et d’avoir des comportements sociaux particuliers par exemple, font que l’être humain ne peut être réduit à sa composante biologique. En gros, le fait de parler, d’écrire sont permis par des aspects biologiques mais ne déterminent pas la « qualité » d’une phrase ou d’un texte. Sinon, on peut mettre sur le même plan biologique la rédaction d’un élève de 5e et l’œuvre de Voltaire. Ils ont cinq doigts à chaque main, les utilisent de telle ou telle façon, etc.

Je vous vois, au fond de la classe en train de vous dire : « Mais quel est le rapport ? »

Le rapport ? C’est la même chose pour la parenté, donc pour la généalogie. On ne peut pas réduire un père à son apport en spermatozoïdes. Le « père » est en cela différent du « géniteur ». Le père est celui qui est reconnu comme tel par lui et par les autres. Parfois il n’est pas le géniteur et d’ailleurs, parfois il le sait et d’autres fois, non.

Quand on fait une généalogie, on se base sur des documents. Et ces documents sont normatifs. Ils servent à établir une nationalité, une parenté, une reconnaissance, servent aussi à donner un nom et à établir une succession. Et le généalogiste, comme l’historien, doit garder un esprit critique face à d’éventuelles falsifications, etc. Mais ça reste marginal. Dans la grande majorité des cas, les registres paroissiaux, d’état-civil, notariés, etc., ne sont pas falsifiés et le croisement de données permet de vérifier cela ou de corriger une erreur (donc non-voulue).

En gros si les documents vous disent que Jean Dupont est fils de Louis Dupont et de Marie Durand, c’est ainsi. C’est ainsi que la société l’a accepté, ce sont probablement les personnes qui ont élevé l’enfant, lui ont donné un nom de famille, etc. Ils ont éduqué l’enfant de telle manière, ce qui a des répercussions sur la manière dont cet enfant élèvera les siens. Du moins, c’est en partie par son éducation familiale que l’on connaît mieux l’ancêtre.

Admettons que demain, vous exhumiez Jean Dupont et son père Louis. Et que vous trouvez que Louis n’est pas le géniteur. Est-ce que ça lui enlève sa qualité de père ? En somme, est-il toujours le père de Jean ? Oui. Car la société, l’État, l’ont reconnu comme tel. On peut chercher le géniteur, notamment pour mieux connaître la mère, voir si le géniteur a eu d’éventuels liens avec l’enfant. Mais ça ne fera pas de lui le père.

La généalogie est une science historique, humaine et sociale. En cela, elle cherche à comprendre le passé. Et si l’on a un doute sur le géniteur, il faut l’exprimer pour les raisons sus-évoquées. Malgré tout, l’aspect généalogique ne change pas. Louis Dupont reste le père de Jean.

Cela peut paraître contre-intuitif. Il faut comprendre que la parenté est faite de normes sociales qui n’ont rien à voir avec la biologie. L’être humain, s’il reste une réalité biologique, se hisse au-dessus en établissant des normes parce que son esprit, parce que la société le permettent. Réduire l’être humain à sa biologie, c’est le déshumaniser. Ainsi, le généalogiste accepte que les parents de l’enfant sont les parents sans se poser la question de savoir si c’est le facteur qui a mis enceinte madame ou si les bébés ont été échangés ou Dieu sait quoi !

Comme je le disais, depuis plusieurs décennies fleurissent les arguments socio-biologiques « naturel » ou « contre-nature ». Le but étant de renvoyer à un ordre « naturel » des choses, ou se basant sur un hypothétique passé. Ces arguments sont stupides. Pendant longtemps, l’État-Civil français nommait le père de l’enfant comme étant le mari de l’accouchée. Et qu’importe si la dame avait 100 amants ou si l’époux était parti en guerre y a un an. Comme vous le voyez, la vraisemblance n’est pas toujours de mise. Mais cela est fait pour des questions de normes sociales, de vie en société. Aujourd’hui, fait-on passer des tests de paternité à chaque naissance ? Non et heureusement.

La parenté n’est pas génétique et ne l’a jamais été. Elle est sociale. Sont les parents ceux qui sont considérés comme tel par les membres de la société, par eux-mêmes et par leurs enfants.

Le discours « biologisant », qui en soi n’a que peu de liens avec la recherche scientifique, tente de rendre tout comportement humain « scientifiquement explicable ». Demandez autour de vous : Pourquoi les mariages incestueux sont interdits ? La réponse ultra-majoritaire sera : Parce que les enfants sont difformes. Outre que ce fait est contestable, les supposées difformités d’enfants n’ont rien à voir. Toutes les sociétés humaines, de tout temps, ont un tabou de l’inceste. Et c’est bien plus probablement lié à une réalité anthropologique que je vous invite à découvrir dans les livres de Lévi-Strauss. On remplace donc une réalité humaine (l’inceste comme un repliement sur sa famille qui empêcherait les alliances, les échanges et qui conduirait à la perte de la cellule familiale, donc comme un mécanisme essentiel de survie d’une famille dans une société) par une pseudo-réalité biologique. On fait la même chose en généalogie où on essaie de remplacer la réalité sociale de la parenté par un discours « naturaliste ».

Pour conclure ce trop long article, je précise que je n’ai rien contre les sciences dites « dures ». Si je ne suis pas très doué dans certaines, je trouve toujours intéressant de lire des publications sur les dernières découvertes ou des ouvrages de vulgarisation. Non, le problème vient de charlatans qui vont vous ouvrir les chakras ou libérer vos fluides animaux mais aussi de personnes, parfois scientifiques doués, qui ont une quête du pouvoir et qui souhaitent ramener toutes les connaissances, tous les faits, dans leur domaine, quitte à déformer la réalité.

La « généalogie génétique » n’a donc aucun rapport avec la généalogie que nous pratiquons. Ce n’est pas non plus une sous-catégorie de la généalogie. Ce n’est pas non plus une branche parallèle reliée à l’Histoire. Ce sont des tests ADN qui peuvent, s’ils sont correctement interprétés, vous dire de quelle vague peuplade vous venez. Peuplade à l’échelle de « la Scandinavie », « l’Afrique du Nord » sans époque précise.

Ça peut être une curiosité amusante, mais ce n’est pas de la généalogie.

dimanche 28 janvier 2018

Tous descendants de Charlemagne ?

Une vidéo a été publiée il y a quelques heures sur Youtube par le célèbre youtubeur Léo Grasset disant que nous sommes tous de sang royal.
S’appuyant sur une démonstration statistique et sur des publications scientifiques, nous voilà tous descendants de Charlemagne.

Est-ce vrai ?

La démonstration est simple. On aurait 1 billion de sosas à l’époque de Charlemagne, soit bien plus que d’habitants à l’époque. Donc tous les habitants de l’Europe du IXe siècle ayant toujours une descendance seraient nos ancêtres.
De plus, statistiquement, il y aura moins de chances de descendre de Charlemagne que le nombre d’atomes dans l’Univers

Mais voilà, il y a un petit problème… Si Léo Grasset ne méconnaît pas l’implexe (l’endogamie ou le mariage entre cousins plus ou moins lointains), il en méconnaît la fréquence et l’importance. Et nous aussi. En effet, comment savoir si tel paysan du XIVe siècle dont nous n’avons pas trace dans nos documentations s’est marié avec sa cousine germaine ou une illustre étrangère ? Car ce n’est pas la même chose.

Si j’épouse ma cousine germaine, nos enfants auront moins d’ancêtres différents que si j’épouse une étrangère.

On peut descendre 60, 100 voire plus de fois d’un même ancêtre à la 10e génération. Alors, à la 40e, il ne reste plus grand-monde… On réduit drastiquement le nombre d’ancêtres réels à l’époque de Charlemagne. Plus encore, dans certaines régions où l’endogamie était très importante, ou dans certains milieux sociaux, on peut très bien se retrouver à descendre de paysans qui vivaient déjà dans le coin au IXe siècle sans avoir de sang carolingien.

Si l’exogamie a toujours existé et est le fait même de toute société humaine comme nous le dit Lévi-Strauss il faut prendre en compte tellement de paramètres qu’il est impossible de déterminer qui est l’ancêtre de qui à quelle époque. La statistique donne des pistes, mais ce n’est que de la statistique, ce n’est pas forcément la réalité.

Les généalogistes connaissent cette assertion disant que 9 européens sur 10 descendent de Charlemagne, tout comme ils attribuent à La Bruyère cet adage « Tout homme descend d’un roi et d’un pendu ».

Cela montrerait déjà que La Bruyère n’avait pas besoin des dernières publications scientifiques en anglais pour dire ce qui est logique : l’exogamie conduit à des surprises généalogiques. Mais pas forcément celles que l’on croit. On peut très bien descendre de Charlemagne ou de saint Louis ou simplement descendre de braves cultivateurs franc-comtois.

Après, on pourrait dialoguer sur la méthode. Est-ce que faire de la statistique en partant de Charlemagne et en disant qu’il y a moins de chances de descendre de lui que de se prendre une météorite sur le coin de la figure est une bonne méthode ? N’est-ce pas comme dire, tels les frères Bogdanov, que Dieu existe puisqu’il n’y avait presque aucune chance, en partant du Big-Bang que l’on arrive jusqu’à nous, êtres humains plus ou moins évolués… Finalement, c’est laisser de côté le simple hasard pour certains, ou les paramètres socio-historiques pour d’autres.

Regardons par exemple le cas islandais. Dans ce beau pays, l’endogamie a été telle jusqu’à aujourd’hui, qu’il y a été développé une application permettant de savoir quel est le degré de cousinage avec le garçon ou la fille que tu viens de rencontrer. Mais du coup, moi, qui suis de Marseille, avec mon nom qui fleure bon la carbonara, quelles sont mes chances d’avoir un ancêtre islandais au temps de Charlemagne ? Et mieux, d’avoir comme ancêtres, tous les Islandais (ayant toujours une descendance) du IXe siècle ?
Les chances ne sont pas nulles, mais il faut prendre en compte de très nombreuses données.

Personnellement, je pense qu’il y a de grandes chances qu’une large majorité d’européens descende de Charlemagne. Mais la majorité n’est pas l’unanimité. Et enfin, quoi de mieux pour nous prouver votre ascendance carolingienne, que de faire votre arbre ?
Car après tout, l’intérêt de la généalogie, c’est de pouvoir prouver (dans la mesure du possible) telle ou telle filiation, de mieux connaître la vie de nos aïeux. Il ne faut pas nier l’intérêt de la généalogie, même si les chances d’avoir Charlemagne dans l’ « album de famille » étaient de 100%, car c’est le chemin qui est intéressant, pas forcément la destination. Sinon, à quoi bon regarder Titanic si l’on sait déjà que le bateau va couler ? Ou un film sur la Seconde guerre mondiale en sachant déjà que les Allemands vont la perdre ?

Finalement, cette vidéo a une grande utilité (en plus de la bienveillance de sa vulgarisation), celle, peut-être, de vous pousser à vous intéresser à vos origines, quelles qu’elles soient. Et peu importe, au final, si vous descendez de Charlemagne ou de son valet de chambre, tant que vous prenez du plaisir à chercher.


Voir aussi mon article de 2015 qui tente de vous montrer qu'il n'est pas non plus farfelu d'affirmer descendre de Charlemagne : Sacré Charlemagne, sacré ancêtre !