lundi 20 avril 2020

Le déclassement social de nos ancêtres


En généalogie, on évoque souvent cet adage qui dit que l’on descend tous « d’un roi et d’un pendu ». Prenons ceci littéralement. Si je descends d’un roi, alors entre lui et moi, à un moment donné, il y a eu un léger déclassement social, non ?
Tout comme si je descends d’un pendu ou plus simplement d’un journalier analphabète, il y a eu une ascension sociale.

Le déclassement, tout comme l’ascension ne sont pas toujours extrêmes, passer de la fortune à la pauvreté ou l’inverse. Étudier les variations du niveau social de nos ancêtres, notamment à la baisse, nous permet de mieux les connaître. Quant au déclassement social, trop peu étudié en Histoire, il est au cœur des craintes sous l’Ancien Régime, mais aussi de l’époque contemporaine et à l’origine de publications sociologiques de plus en plus nombreuses. C’est vrai que le déclassement, c’est pas fun, ça fait pas rêver, et on préfère travailler sur l’ascension sociale de telle famille parce que l’on projette un peu nos fantasmes de bonne fortune sur ces autres. Le déclassement, lui, est plutôt une angoisse de se retrouver dans un cas similaire.

Aujourd’hui, je vais vous parler du déclassement sous le prisme d’une fratrie que j’ai déjà étudiée, mais qui est éclairante sur ce sujet : les Picavez de Cambrai et Cousolre.

Bienvenue dans le Nord !

Cousolre, vue aérienne
(site L'Avesnois)

Cousolre est un petit village près de la frontière belge, essentiellement agricole. C’est là-bas que vivait Claude François Picavez, un laboureur. Il possédait donc de petites terres agricoles qu’il travaillait et qui lui permettaient de survivre ainsi que sa famille. Né vers 1688 dans un autre village, il s’est marié en 1711 et a eu 12 enfants. Je vous épargne la liste. Sur les 12, au moins 9 atteignirent l’âge adulte, ce qui est une proportion énorme de survie.

Claude était analphabète et devait vivre très modestement. Huit de ses neuf enfants vivants partirent pour la grande ville, Cambrai, à 70km de leur petit village natal. Ces huit enfants y ont une ascension sociale fulgurante et immédiate grâce à un veuf qui épouse une des sœurs Picavez. Alors même que Claude Picavez, le père de cette large fratrie, est en vie, c’est ce veuf qui aurait le rôle du grand-père lors des baptêmes. En effet, le veuf parraine souvent l’aîné en coprésence de la mère du conjoint.
Claude Picavez disparaît de la vie de ses enfants cambraisiens. A l’exception d’un fils : Étienne. Étienne était le fils aîné de Claude et l’héritier des maigres terres de son père. L’avantage d’être l’aîné est aussi ce qui le conduira, lentement, avec ses descendants, dans une spirale de déclassement sociale.

La marque de Claude Picavez, qui ne savait pas signer.

Cette malédiction d’être l’héritier, l’enchaînant à la terre familiale, laissa Étienne à Cousolre loin des possibilités de la ville et surtout de sa fratrie. A son mariage en 1745, ses frères ont leur propre commerce, l’un maître boulanger, l’autre négociant, les filles se mariant avec des familles de la bourgeoisie, deux enfants issus d’un premier mariage du veuf providentiel se mariant avec des enfants de la fratrie Picavez ; tous, y compris les filles, savent signer.
Étienne, lui, stagne. Il reste au niveau de son père : laboureur et analphabète. Il se marie donc en 1745 avec une femme du village, qui sait signer, Marie Françoise Henry. Comme Marie Françoise semble déjà avoir dépassée la trentaine, le couple n’eut « que » deux enfants, dont l’un mort en bas-âge.

A quel moment le déclassement devint apparent ? On ne le sait pas exactement et il est probablement progressif, moins retentissant qu’un krach boursier. C’est année après année, par la stagnation d’abord, puis le lent déclin, qu’un déclassement social se fit jour.

En 1774, à Colleret, village limitrophe de Cousolre, se marie le fils survivant d’Étienne Picavez : Adrien.
Adrien Picavez est nommé ainsi après le frère d’Etienne, Adrien (le maître boulanger), qui a été son parrain. De même qu’une des sœurs de Cambrai fut présente au mariage d’Étienne. Cela montre que les liens familiaux n’ont pas été totalement coupés par l’ascension des frères et sœurs de Cambrai, du moins au début. Et, moi, de mon côté, j’essaie d’imaginer ce qu’a dû ressentir Étienne, bloqué à Cousolre. Était-il heureux de cette situation de laboureur, sans le risque de tout quitter ? A-t-il senti que le hasard de son rang d’aîné le pénalisait ? A-t-il été jaloux ou envieux ? Content pour ses frères et sœurs ? A-t-il songé à tout quitter quand son père est mort en 1758 ? Il était encore temps, mais il n’y a peut-être jamais pensé. On voit avec le recul des siècles et notre connaissance des faits les plus importants des éléments qui nous permettent de nous interroger. On se dit qu’on aurait fait différemment, mais nous n’étions pas là sur le moment, nous ne pouvons pas savoir exactement ce qui s’est passé dans la tête d’Étienne au cours de ces années, ses envies ou ses éventuels rêves, et nous ne pouvons pas non plus lui plaquer nos propres désirs et nos questionnements modernes.

Revenons à Adrien, le fils d’Étienne. Il se marie donc en 1774 et, tout comme son épouse, il sait signer. Son père est toujours laboureur et lui est tailleur d’habits ; d’ailleurs son épouse est couturière en blanc. Cela signifie qu’elle coud les chemises, nappes, les cols ou les serviettes. Désormais, les liens avec les Picavez de Cambrai sont rompus, probablement qu’ils se sont perdus de vue. Cela se voit notamment par un détail intéressant : la signature d’Adrien. Contrairement à son père et son grand-père, il sait signer, cependant il est le seul à ne pas signer « Picavez » mais « Picavet ». Sa fille suivra cet exemple. Lors de ce mariage et dans les années qui suivirent, nous n’avons pas l’impression d’un déclassement social entre Claude, Etienne et Adrien. L’artisanat et la signature pourraient même faire penser à une petite ascension, à une amélioration sociale.

Adrien Picavez signe "A. Picavet"

Arrive alors le décès de la mère d’Adrien, Marie Françoise Henry, en 1783. Son mari, Étienne Picavez, y est alors qualifié de « domestique de labour ».
Que s’est-il passé ? A-t-il vendu ses quelques terres ? Eu un retournement de fortune ?
En tout cas, de celui qui possède, même peu, il devient celui qui travaille pour d’autres. Et cela semble participer d’un mouvement qui inclut sa descendance. Si c’est la dernière mention (en ma possession) d’Étienne dans les registres, tout s’accélère en quelques décennies.
La Révolution française et les combats, annexions, présence de soldats, ont ravagé les économies locales dans cette région frontalière. Adrien a deux enfants ayant atteint l’âge adulte, Alexandre et Joséphine. Adrien meurt indigent en 1810. Il est suivi trois ans plus tard par son fils Alexandre. Celui-ci, âgé de 37 ans, sans métier cité, célibataire, vivant chez sa mère, meurt en 1813. Il souffrait peut-être d’un handicap le rendant dépendant.
Pour sa sœur, la vie ne fut guère plus agréable. Joséphine Picavez (qui signe donc Picavet) était journalière et mère célibataire d’au moins deux enfants de père inconnu dont un seul atteint l'âge adulte. L’aîné, Adrien, nommé comme son grand-père, est né en 1814 et devint ouvrier avant de mourir, célibataire, à l’âge de 27 ans.
Ainsi, la descendance d’Étienne Picavez, l’aîné de la fratrie de Cousolre, s’éteint.

Dans cette histoire, tragique, d’une famille qui s’éteint dans la pauvreté et le déclassement, on distingue la période de « rupture » qui s’établit entre 1774 et 1783, entre le mariage d’Adrien où le niveau social est maintenu, voire en voie d’amélioration, et 1783 où le père d’Adrien apparaît en domestique de labour. Il peut y avoir des pistes, comme les rôles fiscaux, les tabellions (notariat), pour creuser ces questionnements. Mais en attendant, voici donc ce que j’ai pu constater via les registres paroissiaux et d’état-civil du Nord. Registres qui permettent donc déjà d’en apprendre beaucoup et de constater ce déclassement social.

On peut le constater dans quasiment toutes nos branches d’ancêtres et de collatéraux, parfois légèrement, parfois brutalement. Ici le déclassement est frappant, d’abord parce qu’il s’oppose à l’ascension fulgurante du reste de la famille (quand Adrien est indigent, ses cousins germains sont des négociants importants à Cambrai et Lille), mais aussi en soi : on note le déclassement, de la possession de terres, même de petites parcelles, au travail de domestique de labour, puis du métier de tailleur d’habits au rôle d’indigent, etc.
Le déclassement est un sujet qui m’intéresse, car tout comme l’ascension, il montre que la société d’Ancien Régime n’était pas figée, mais aussi parce que ces fluctuations sociales dans la vie de nos ancêtres, qui représentent l’espoir et l’inquiétude, sont essentielles à notre compréhension des comportements, mentalités et relations sociales d’alors.

samedi 11 janvier 2020

Trouver ses ancêtres à Nice et dans l’arrière-pays


La Fédération Française de Généalogie a proposé, sur les réseaux sociaux, que nous retrouvions notre sosa 2020 pour fêter la nouvelle année. Je vous l’avoue, chers lecteurs, je ne le connaissais pas. Je savais qu’il était à Nice ou à côté, mais j’étais bloqué. En débloquant cette branche, en trouvant ce sosa qui m’échappait, je me suis dit qu’il faudrait davantage expliquer comment chercher ses ancêtres dans cette région assez complexe plutôt que de simplement parler de cet aïeul sur qui j’en sais si peu !

Pourquoi la région de Nice est-elle complexe ? Le comté de Nice, rattaché à la France en 1860, n’a ses actes d’état-civil qu’à partir de 1861. Donc pas de tables décennales avant, non plus.
De 1814 à 1860 on parle de période piémontaise, avec des actes de baptêmes, mariages et sépultures en italien et en latin.
De 1793/1795 à 1813/1814 on a la période française, avec des actes en français approximatif.
Avant 1793 c’est essentiellement de l’italien, du latin, parfois un peu de français et même du provençal.

Déjà, vous pouvez constater que niveau langues et diversités de formats, il y a de quoi faire. Mais ça, c’est le plus simple !
Prenons un exemple, vous avez l’acte de mariage d’aïeux niçois du XVIIIe comme celui-ci :

Acte de mariage entre Jean Carlin et Marie Constance Dentale en 1767 à Nice Ste Réparate
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Le 01/03/1767 se marient donc « Jean CARLIN fils d’André et Marie Constance DENTALE fille d’Honoré ». Ils sont tous deux de cette ville et paroisse. Mais on n’a que le prénom des pères des époux, rien sur les mères.
Les témoins, eux, sont souvent inutiles puisqu’au moins l’un des deux est un témoin sans aucun lien de parenté avec les époux et que même quand c’est le cas, le lien n’est jamais indiqué.

Si vous avez un acte de baptême, c’est pas facile non plus ! Comme ici :

Acte de baptême de Jean Carlin en 1742 à Nice Ste Réparate
(Cliquez pour agrandir)

Où on apprend que Jean CARLIN est fils d’André CARLIN et de Laure. Car la mère n’a pas de nom ! Du moins, en tant qu’épouse, elle porte le nom du mari et ne porte plus son nom de jeune fille qui n’est plus jamais indiqué. Il arrive que le nom de la mère apparaisse, mais cela reste peu fréquent.

Quant aux actes d’inhumation, ils font une ligne avant la révolution :
Acte d'inhumation d'Ursule Giausserand en 1768 à Nice Ste Réparate
(Cliquez pour agrandir)

Et encore, là le nom de naissance l’épouse apparaît, fait assez rare !

Du coup, comment fait-on pour remonter dans le temps sachant qu’on n’a jamais le lien complet entre les parents d’un marié ou entre le père et la mère d’un enfant baptisé.
On est obligé de prendre un acte de baptême au hasard ?

Non car il y a un autre moyen.

Au-dessus, nous parlions de Jean CARLIN fils d’André. Il s’est marié en 1767. On peut supposer qu’il est né bien avant 1755. Il faudrait donc trouver tous les Jean CARLIN fils d’André né entre 1710 et 1755.
Et là je vous vois crier : « Non mais je ne vais pas relever tous les baptêmes de Nice pour trouver mon ancêtre !!!!!!!!!!!! » (à deux points d’exclamation près, ça devrait bien rendre compte du cri)

C’est là que les associations généalogiques entrent en jeu et, pour Nice, l’Association Généalogique des Alpes-Maritimes (AGAM). L’AGAM a dépouillé quasiment tous les baptêmes niçois.

C’est grâce à ce travail associatif que nous allons pouvoir progresser dans notre généalogie. Pour y avoir accès, il y a plusieurs moyens. Tout d’abord, l’accès premium à Geneanet permet d’avoir accès à ces relevés.
Ensuite, ce que j’utilise surtout, c’est Geneabank. Si vous êtes adhérant d’une association participante, alors vous avez un certain nombre de points sur Geneabank et, l’AGAM en faisant partie, vous pouvez avoir accès aux informations. Tant qu’à faire, je conseille d’adhérer aussi à l’AGAM !

Prenons l’étude de cas pour trouver notre sosa 2020. Je connaissais mon sosa 252 (génération 8), Jean François Giraut. Je le savais fils de Charles par le mariage de Jean François en 1784, mais je pensais être bloqué…
Car j’avais trouvé son acte d’inhumation en date du 14/12/1820 à Nice (paroisse St-Pierre-d’Arène) où il est dit fils… d’Antoine et de feue Antoinette NEGRE. Je savais que c’était le bon acte car il est bien précisé qu’il est marié à Angélique PAUL, mon sosa 253.
Mais en fait, les informations sur les parents sont fausses. Au départ, j’ai cru que le père s’appelait « Charles Antoine » et j’ai pris les informations sur la mère… Sauf que ce couple n’existe pas, n’apparaît nulle part. Etant donné que Jean François GIRAUT est mort à 60 ans, que ses parents devaient être décédés depuis un moment, il est tout à fait envisageable qu’il y ait une erreur commise par les déclarants. Déjà le prénom du père, devenu Antoine, est probablement moins pertinent sur cet acte de décès que sur l’acte de mariage de Jean François alors que son père était en vie et probablement présent.

Etant donné que le prénom du fils au décès est François (et non Jean François) et cet imbroglio, je me suis retrouvé bloqué.

Puis, avec la proposition de la FFG de trouver notre sosa 2020, j'ai décidé de reprendre mon enquête. Malheureusement, on se retrouve à une période où l’AGAM n’a pas fait de dépouillement. Pour accélérer un peu l’article, je fais faire bref sur ce point : Jean François s’est marié en 1784. J’ai donc supposé qu’il était né avant 1770 et probablement après 1750. Heureusement, pour cette période, chaque registre de baptême a une table avec les enfants baptisés par ordre « alphabétique ». Je vais à la lettre G puis ils sont dans l’ordre d’apparition dans le registre avec le folio. J’ai relevé tous les Giraut/Giraudo/Giraudi, etc. et ai fini par trouver UN Jean François Giraudi fils de Charles, baptisé en 1760. Sa mère se prénomme Antoinette ce qui fait le lien avec ce fameux acte de décès douteux. Je trouve d’autres enfants à ce couple (au total : 6). Le premier, Jean Joseph, est né en 1756 ce qui me permet d’estimer un mariage.
Pour être sûr de moi, je cherche sur Geneabank tous les mariages de personnes nommées « Charles Girau* ». L’astérisque, sur Geneabank, permet de remplacer un lot de lettres. Ainsi Girau* permet de chercher Giraut, Giraud, Giraudo, Giraudi, etc.
Dans le doute, je cherche tous les mariages avec ces noms à Nice, je précise dans le champ libre « réparate » pour la paroisse (on se souvient que Jean François en est originaire d’après son acte de mariage) et pour la période, je mets entre 1740 et 1770 :
(Cliquez pour agrandir)

On obtient deux résultats : un Charles GIRAUDI marié en 1750 à Antoinette BONFIGLIO et un Charles GIRAUT marié en 1757 à Antoinette VEGLIO.
Il faut vérifier la première union, savoir si ce n’est pas notre couple d’ancêtres afin, par élimination, de s’assurer que notre Jean François est bien celui baptisé en 1760 et fils d’Antoinette VEGLIO. Comme je suis curieux, je regarde d’abord le mariage avec Antoinette VEGLIO et là, on lit : « Charles GIRAUT fils de feu André, veuf d’Antoinette BONFIGLIA ». Il s’agit du même Charles dans les deux mariages et on peut donc, sans sourciller, dire que notre Jean François GIRAUT est bien celui né en 1760 et fils de Charles et Antoinette VEGLIO.

C’est cette étape qui m’a permis de débloquer la branche et de remonter. Désormais, nous allons nous servir exclusivement de Geneabank car, par la suite, les relevés de baptêmes et de mariages sont complets sur ce qui nous intéresse.

Sur l’acte de mariage d’Antoinette VEGLIO, on lit qu’elle est « fille de feu Jean Honoré et veuve de Jean Baptiste LAMBERT ». On trouve rapidement ce premier mariage le 20/04/1749 à Nice Sainte-Réparate, sans plus d’information sur l’ascendance.

Antoinette VEGLIO est donc née avant 1740, probablement après 1715 (on vise large !) et est fille de Jean Honoré. Ses actes de mariages la disent originaires de Nice Sainte-Réparate :
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On ne trouve qu’un résultat ! C’est ce qu’il faut. Si on trouve deux résultats, le doute s’installe car une autre hypothèse devient crédible. Quand on a un seul résultat possible, alors il est quasiment certain que c’est le bon.
Ainsi, on apprend que le 28 février 1734 est baptisée Marie Antoinette Victoire VEGLIO fille de Jean Honoré et de Louise CLERISSI. Bingo, le nom de la mère apparaît (fait assez rare pour que j’aie le droit de crier Bingo).

Ainsi ai-je mon sosa 1010 et mon sosa 1011 : Jean Honoré VEGLIO et Louise CLERISSI dont on trouve rapidement le mariage en 1731.
Celui-ci donne les prénoms des pères et donc mon sosa 2020 : Honoré VEGLIO.

On repasse par la procédure pour trouver un baptême ; ici celui d’un Jean Honoré VEGLIO né avant 1720, probablement après 1690, fils de Honoré. Pareil, un seul résultat exploitable : Jean Honoré VEGLIO, baptisé le 18/01/1711 à Nice Ste Réparate, fils de Honoré et de Françoise.

Nous allons voir maintenant comment trouver rapidement le nom de jeune fille de la mère, prénommée Françoise.
Nous retournons sur Geneabank. On sait qu’Honoré VEGLIO a épousé Françoise, probablement en 1711 ou avant (je prends toujours en compte l’année de naissance de l’enfant, on a parfois des surprises, surtout si l’enfant est né vers la fin de l’année) et que le mariage s’est probablement fait après 1680 :
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Une seule occurrence apparaît : le 27/09/1705 à Nice Ste Réparate, mariage entre Honoré VEGLIO, veuf d’Angélique DAUMASSA, et Françoise MARTINA fille de feu Jean Baptiste, tous de cette ville et paroisse (Ste Réparate, Nice). Comme il n’y a qu’une possibilité, c’est certainement la bonne !

C’est par cette méthode, en avançant petit à petit, en procédant parfois par élimination (trop jeune pour se marier, trop vieux, etc.) qu’on arrive à découvrir les filiations à Nice et dans l’arrière-pays-niçois qui fonctionnent, peu ou prou, de la même manière.

Les actes niçois sont avares d’informations. Rien sur la profession, aucun détail et c’est parfois un peu tristounet !

Je vais faire de mon mieux, dans les lignes qui suivent de faire une brève biographie de ce sosa 2020 : Honoré VEGLIO.

Honoré VEGLIO est né le 10/05/1670 et fut baptisé deux jours plus tard dans la paroisse principale de Nice, celle de la cathédrale Sainte-Réparate. J’ai réussi à remonter jusqu’à son arrière-grand-père paternel, Antoine VEGLIO, déjà décédé en 1632 et dont j’ai adoré le prénom du fils : Galeotto !
On ne saurait dire avec exactitude quelle était la profession des VEGLIO ; je les suppose cultivateurs comme la plupart de ces vieilles familles niçoises. Ils ne portent aucun titre « sieur » « maître » « nobile », excluant donc les métiers de la justice, du commerce un peu conséquent et probablement de l’artisanat aussi (« maître » l’indique souvent).
Ils ont beaucoup d’enfants ; Honoré VEGLIO a 9 frères et sœurs et lui-même s’est marié 3 fois !
Alors qu’il a 27 ans, il épouse Angélique DALMASSO qui lui a donné trois enfants avant de s’éteindre en 1704-1705. En 1705, alors qu’Honoré a 35 ans, il se remarie avec mon aïeule, Françoise MARTINO dont il a quatre enfants. Quatre garçons, même : Jean François, Albert, Jean Honoré (mon ancêtre) et Victor. Mais le 12/04/1714, alors qu’Angélique a 40 ans, elle meurt sans pouvoir voir grandir ses enfants.
Honoré VEGLIO n’attend pas. Son épouse est enterrée le 12 avril et le 28 avril il se remarie ! Il a 43 ans et épouse Catherine ICARD… de 18 ans sa cadette ! Avec elle, il aura 6 enfants dont la dernière, Marthe, est née en décembre 1724 alors que le père a 53 ans.
Avec ses trois femmes et ses treize enfants, Honoré VEGLIO a eu une vie bien remplie, à n’en pas douter. Je cherche encore à en apprendre plus sur lui. Les sépultures niçoises n’étant pas relevées par des associations ou particuliers, j’essaie de trouver le temps de farfouiller un peu pour étoffer ces données, mais à défaut d’actes en dehors des registres paroissiaux, très arides, il est difficile d’en savoir beaucoup plus.
Une occasion de se pointer aux archives départementales des Alpes-Maritimes ?

mercredi 8 janvier 2020

Des projets pour 2020 !


Chères lectrices, chers lecteurs : Bonne Année !!
Au milieu des cotillons, serpentins et gens bourrés, parlons de… généalogie.

Tous les généablogueurs dressent leur bilan et font part de leurs envies pour 2020. C’est un moment intéressant pour le généalogiste, le moment de se poser, de réfléchir, de se remémorer ce qu’il a fait durant une année et ce qu’il aimerait faire par la suite.
C’est une activité saine, sauf si on se fixe des objectifs inatteignables. Et j’adore faire des bilans, des listes, etc.

On est donc partis pour un bilan/objectif où je ne vais pas parler que de moi, mais aussi des projets collaboratifs auxquels je participe (mariages depuis la révolution en Provence, notamment) et de leur évolution.

Sacrés Ancêtres ! Le Blog

Cette année, comme assez souvent ces derniers temps, j’ai posté peu d’articles. Une quinzaine, seulement. Je pourrais avancer le manque d’inspiration, qui est parfois réel, mais c’est qu’en plus de ça, j’ai peu de temps pour écrire sur le blog étant donné le nombre de projets collaboratifs ou personnels avec lesquels je dois jongler.
Les articles qui ont le plus de succès, et ce n’est pas un secret, sont les articles qui parlent à tout le monde : les articles méthodologies et les éditos/articles « humoristiques ».
Mais je ne veux pas sacrifier les articles « familiaux » sous le prétexte qu’ils soient moins lus. Et même si le blog arrive à garder un lectorat malgré mon irrégularité, j’aimerais vraiment écrire plus régulièrement en 2020 et alterner conseils/méthodes avec des billets d’humour ou des éditos et y mettre davantage d’articles de généalogie personnelle. Il faut donc que je trouve le temps ! On y reviendra dans la partie sur les relevés collaboratifs.
Par ailleurs, en août 2020, Sacrés Ancêtres ! fêtera ses 10 ans d’existence. Faudra que je réfléchisse à un article spécial le moment venu…

Une généalogie personnelle qui a beaucoup avancé

C’était mon objectif principal l’an dernier : faire progresser mon arbre généalogique. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a été fait. J’ai commencé par enfin saisir ces branches lointaines, très lointaines, avec ces aïeux nobles, faisant exploser mon nombre d’ancêtres.
J’ai essayé de prendre des sources fiables, mais il doit y avoir des erreurs et à certains endroits, j’ai bien sûr préféré ne pas saisir plutôt que d’entrer des données qui semblaient parfaitement fausses. Les aïeux du Moyen-âge peuvent être intéressants, mais ils ne me passionnent pas et il est compliqué, quand on n’est pas médiéviste ou même érudit sur cette époque, de s’assurer de la fiabilité des sources de secondes mains.
En effet, peu de chances de lire les manuscrits de l’époque carolingienne et une bonne étude vaut mieux que tenter de lire soi-même un manuscrit sans la connaissance du contexte et des limites du document en question. Cette année, sur ce sujet, j’ai découvert la Foundation for Medieval Genealogy, source sérieuse, texte en anglais, mais qui a un souci : ils citent les passages latins sans les traduire ce qui peut être un peu pénible parfois.

Du coup, ces branches de jadis ont fait passer mon nombre d’aïeux de 3307 début 2019 à 8743 fin décembre. Heureusement, ce ne sont pas les seuls responsables.
Cette année, j’ai pu travailler et beaucoup avancer sur mes ancêtres vauclusiens, notamment grâce aux fiches numérisées des relevés du pays d’Aigues faites par Chantal Berthelot sur 20 ans. Environ 25'000 actes notariés du XIIIe au XVIIe sont dépouillés avec une grande précision et ont été indexés sur Geneanet. Par les recoupements, j’ai pu faire de beaux progrès. Et bien sûr, mes recherches dans d'autres domaines ont fait monter ce nombre d'ancêtres ; j'ai beaucoup travaillé sur mes aïeux niçois, marseillais, mais aussi d'ailleurs !

Pour 2020, j’aimerais me concentrer sur tous ces ancêtres déjà trouvés en améliorant mes connaissances sur leurs vies. Actes notariés, recherches dans les ouvrages, la presse pour les plus récents.
Car je n’ai pas fait que de la pure généalogie cette année. Certains savent ici que j’ai commencé à retranscrire les « Souvenirs » d’une arrière-grand-tante. Elle les a écrits dans des cahiers de grand format. J’en ai transcrit 4 sur 6. Ce sera ma priorité : finir la transcription, puis faire des relectures, ajouter des photos et le faire imprimer pour ma famille proche.
En plus de cela, j’ai récupéré beaucoup de photos. J’ai même sous-estimé longtemps leur nombre car il y en a au moins 1 millier qui sont antérieures à 1930 et probablement autant de postérieures. J’ai commencé des numérisations de ces photos en créant un fichier Word à part avec la légende.
Pour 2020, le but serait d’avancer et peut-être de trouver des idées pour que les photos anciennes avec légendes soient accessibles à plus de monde. J’avais pensé discuter avec des services d’archives pour leur donner des copies numériques, mais je ne suis pas sûr que ça les intéresse !
Enfin, pour conclure cette partie, pour 2020, j’aimerais me lancer dans une dernière retranscription de documents familiaux : Les Souvenirs de Saint-Cyr de mon arrière-arrière-grand-père, saint-cyrien en 1873-1875 (promotion de l’Archiduc Albert) où il raconte les péripéties à l’école. Je pense que ce texte, dans un petit cahier d’une grosse soixantaine de pages, peut avoir un intérêt historique.

Des projets collaboratifs en plein boum !

C’est probablement le plus gros morceau généalogique de 2019 et ça devrait encore être important en 2020.

Vous savez peut-être que votre serviteur est coordinateur pour la région PACA (Provence) du projet « Tables de mariages » qui va de la Révolution au début du XXe siècle. En 2019, deux nouveaux départements ont été complétés : les Hautes-Alpes et le Vaucluse.

Les Hautes-Alpes ont été le premier département à s’achever, fin janvier. Plus de 118'000 mariages ont été dépouillés entre 1793 et 1932. Puis en décembre, ce fut le Vaucluse avec 275'000 mariages entre 1793 et 1932.

Cela permet à la région PACA d’avoir 3 départements de terminés sur 6, puisque nous avions déjà fini lesAlpes-de-Haute-Provence (premier département de France à être achevé dans le cadre de ce projet).

En 2019, j’ai dépouillé 93'319 mariages !! Essentiellement sur le projet dont je viens de vous parler. C’est un nombre qui donne un peu le tournis, quand on y pense. Je pense faire beaucoup moins en 2020.

Justement, 2020 va être une année charnière pour le « Projet Provence » car il est prévu de finir au moins lesAlpes-Maritimes et le Var. Ces deux départements sont très proches de la fin et il se pourrait que les Bouches-du-Rhône emboîtent le pas dans le courant de l’année ! On verra quand on y sera, mais l’année 2020 est déjà pleine de promesses.

J’ai déjà commencé à réfléchir à « l’après », mais je ne souhaite pas trop m’appesantir sur le sujet et me concentrer sur ce qu’il reste à faire. Je compte petit à petit reprendre certains relevés, notamment les mariages à Pertuis (Vaucluse) dont la quasi-totalité est inédite en relevé. De même pour les reconstitutions des familles dans le pays d’Aigues (Vaucluse, toujours). Mais ce sont plutôt des projets de distraction que des projets, disons, plus « ambitieux ». Pour cela, il faudra que je prenne en compte certaines propositions de projets réalistes et donc faisables. Ce qui est certain, c’est que votre cher blogueur en a un peu marre du XIXe.

Pour faire simple, en 2020, sont prévus :
  • La poursuite et la fin de la transcription des Souvenirs de mon arrière-grand-tante qui en est à 211 pages sur Word pour un total qui devrait arriver vers 280 pages brut. Les ajouts de photos, de notes interviendront après.
  • La numérisation d’un maximum de photos de famille, notamment les plus anciennes (avant 1930) avec identification des personnes présentes et légendes.
  • La transcription des Souvenirs de Saint-Cyr de mon arrière-arrière-grand-père
  • La numérisation et le traitement d’actes notariés marseillais concernant mes aïeux
  • Ecrire plus souvent sur ce blog, notamment des articles familiaux
  • Finir le projet des tables de mariages pour le Var et les Alpes-Maritimes, voire les Bouches-du-Rhône.
  • Trouver un nouveau projet collaboratif aux objectifs tenables et qui m’intéresse (tant qu’à faire !!)

Encore bonne année, chers lecteurs, et que tous vos voeux généalogiques (et les autres aussi !) se réalisent !

mardi 3 décembre 2019

Toi aussi, Généalogiste, trouve l’amour…


L’idée de cet article m’est venu en lisant un commentaire (au second degré !) sur la création d’un site de rencontres pour généalogistes.

Je me suis dit : Et pourquoi pas ?!
Puis j’ai pouffé de rire et j’ai regardé la pluie par la fenêtre en pensant à l’endroit où pouvait bien être décédée Tatie Ursule.
Si ça existait, à quoi ça pourrait bien ressembler ?



Par exemple, sur un tel site, on ne chercherait pas un homme ou une femme, mais un « futur sosa 2 » ou futur « sosa 3 » ou éventuellement un sosa neutre pour ne froisser personne ou bisosa, même.

Hormis la classique photo de profil, pouvant être remplacée par le pedigree généalogique sous forme d’arbre, on n’aurait bien sûr pas de catégorie « hobbies ». Car tout le monde sait que les généalogistes ne font que ça, qu’on se réveille au milieu de la nuit en criant : « Montpezat ! J’ai pas cherché dans les registres de Montpezat ! » avant de s’écrouler de nouveau dans un sommeil fort agité.

A la place, on mettrait une catégorie : « Origines ». Avec la liste des départements, pays, etc. Cela permettrait la discussion :
« slt !
    T’as des origines du 06 !
    Ouais, lol
    D’où ?
    Grasse
    Ah, je cherche un mec avec des origines de Nice. *l’utilisatrice vous a bloqué* »

Il y aurait bien sûr l’âge avec en plus « l’ancienneté », soit le nombre d’années de pratique de la généalogie. Genre : « 35 ans. 15 ans d’ancienneté » Ce qui permettrait de ne pas tomber sur un(e) newbie qui y connaît rien en numérisations en ligne. Le soir, au coin du feu, devoir expliquer la différence entre archives municipales, départementales et autres, c’est assez pénible. On cherche l’âme sœur ou non !

Bien entendu, les gens vont mentir sur leur profil et pour éviter cela, quant à l’âge, la photo ou l’ancienneté, on demandera, en bon généalogiste, quelles sont les sources !

Les sources étant le cœur même de… l’obsession en généalogie, une partie lui sera dédiée. Comment la personne prétendant trouver l’âme sœur généalogique gère-t-elle ses sources ? D’après une étude, 92% des ruptures sont dues à une incompatibilité dans la gestion et la (non) publication des sources.

Dans « préférences », on demandera si la personne préfère quelqu’un de son âge, de sa région, Geneanet ou Filae, etc. Toutes les questions absolument essentielles à la prise en compte du « match » que l’algorithme digne de Google produira.

La mise en commun éventuelle des arbres des utilisateurs permettra de savoir s’ils sont cousins et si oui à quel degré :
« Dingue, té ma couzine au 5e degré !
    Ah ouais MDR
    Du coup, tu reçois ce soir ? Pas bsoin de dispens de consanguinité ! *clin d’œil pervers* *clin d’œil pervers* *clin d’œil pervers*
    LOL, j’peux pas, j’ai soirée Geneatique avec les copines.
    Demain, alors ? *l’utilisatrice vous a bloqué* »



Une fiche prise au hasard : celle de Scarlett72 — © GeneaLove™

Pour vous donner une idée, voici la « fiche » simplifiée (et non le profil, tout bon généalogiste sait qu’on dit « une fiche ») d’une utilisatrice : Scarlett72.
Bien sûr, Scarlett ne trouvera jamais l’âme-sœur car, si on est attentif, on notera que 263 ancêtres pour 12 ans de recherches c’est pas assez !
Même si Scarlett72 n’aura jamais de « match », on peut lui souhaiter le meilleur sur une plateforme de rencontres moins exigeante. #Loser

Peu après le lancement du site, on peut parier sur le lancement de l’appli pour Apple et Android. Grâce au GPS, vous aurez la possibilité de voir les inscrits les plus proches de chez vous. Comme Tinder et consorts, vous pourrez « swiper » les profils.
Pour approuver le profil : swipez vers le bas, afin de construire avec l’autre une généalogie descendante.
Pour refuser le profil : swipez vers le haut, vers l'infini nébuleux des cimes généalogiques.
Si vous approuvez un profil qui vous approuve, vous aurez alors un « match » et pourrez, en toute sérénité, comparer vos arbres !



Bientôt, grâce à GeneaLove™, toi aussi trouve l’amour généalogique !


samedi 14 septembre 2019

Le droit des enfants à avoir un père – une réflexion historique et généalogique


Comme vous le savez, le débat fait rage autour de la PMA pour les couples de femmes. Nous ne parlerons pas de politique, nous n’entrerons pas dans le débat actuel qui n’a pas sa place sur ce blog en l’état actuel des choses.
Ainsi, je ne donnerai pas de position politique, de consignes ou autre ; malgré tout ce débat pose pleins de questions d’ordre historique. Un député de la majorité a déclaré qu’il « n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père » ce qui a provoqué une « levée de boucliers » (comme aiment à dire les médias), certains et certaines s'insurgeant sur des propos « barbares » ou scandaleux.
L’émotion au détour d’une phrase, spécialité des réseaux sociaux où l’on s’indigne 6 fois par jour, où l’on signe des pétitions, où l’on donne son avis, tout ça peut être compréhensible. Mais on y réagit souvent émotionnellement, sans forcément prendre le temps de réfléchir un instant car tout va très vite sur Twitter, Facebook, etc.

Sur ce sujet, d’un point de vue d’histoire de la famille, de la généalogie, où en est-on ?

Un enfant peut naître de père inconnu et mère connue, de père connu et mère inconnue (rare étant donné les circonstances de l’accouchement, mais possible) ou de père et mère inconnus.
Un de mes arrière-grands-pères, Auguste Sastrel, a été trouvé chez des religieuses à Chiffalo (Algérie) au début du XXe siècle. Parents inconnus. Un de mes aïeux plus lointain est fils de père inconnu. On a tous des cas comme ça.
On a tous vu passer un acte d’un enfant de l’hospice, de l’assistance, « enfant de la patrie », etc. Ces enfants n’avaient pas de père. Aujourd’hui encore. Parfois pas de mère non plus.
Est-ce que la société en était « barbare » ? L’est-elle toujours ?
Tout ce que l’on sait, c’est que ces enfants ne sont pas nés dans des choux. Qu’ils ont des géniteurs. Mais le géniteur ne fait pas le parent. Aucun homme n’est à l’abri d’un écart de la part de son épouse. De même, l’homme avec qui elle fait l’écart peut être marié, être père de certains enfants et géniteur d’autres.
C’est pour ça que la filiation, chez l’Homme, est un mélange de nature et de culture. Il y a forcément des géniteurs (même les bébés-éprouvettes ont des gènes venus de ceux qui les transmettent : les géniteurs). Mais si la filiation, en général, suit cet aspect si évident de la biologie, la société en fait ce qu’elle veut. Nous nommons les choses, les concepts. Nous pensons, avons un esprit critique, etc. Malgré l’amour que vous pouvez avoir pour votre chat, il est peu probable qu’il vienne vous voir un jour et vous dise tranquillement : « Je pense, donc je suis. »

Ainsi naissent des enfants de père inconnu. Dire qu’un enfant a « le droit à un père » ce n’est pas pareil que de dire qu’un enfant a « le droit d’avoir un père ». Le premier est opposable. En somme, tout enfant de père inconnu pourrait exiger devant la justice qu’on lui attribue un père sous peine de sanctions envers la collectivité. Comme le « droit à un travail » obligerait la société à fournir un travail à tout le monde.
Par contre, on a le droit d’avoir un père. En somme : c’est légal d’avoir un père, mais on n’est pas obligé d’en avoir un.

Le droit à un père peut se trouver, probablement, dans diverses sociétés à travers l’espace et le temps (je n’ai pas d'exemple à apporter ceci dit).
Mais peut-on dire que le monde chrétien de l’Antiquité tardive à nos jours est barbare parce qu’il y a des enfants qui n’ont pas de père ? Que l’occident contemporain l’est ?
On trouve ainsi des enfants de père inconnu sous l’Ancien Régime qui n’ont pas de nom de famille (patronyme = nom du père) car ils n’ont pas de père. Certains prennent le nom de la mère. D’autres se trouvent avec un nouveau nom (on trouve « Blanc » assez fréquemment, mais parfois des noms plus originaux) bien que la mère ait son propre nom !
La filiation, le nom, est en partie une construction que l’on établit dans une société. On peut en être conscient ou non.

J’avais déjà parlé de ce sujet jadis sur ce blog, avec le problème de la filiation en généalogie. Je me souviens avoir brièvement parlé d'une société, toujours existante, en Chine, les Na. Société où le mot « père » n’existe pas, ni celui de « mari ». La filiation y est très différente de chez nous, la maison étant celle des femmes, les hommes vivant chez leur mère, sœur, nièce. Ils n’ont pas d’enfants. Du moins au sens où nous l'entendons. Ils sont pour beaucoup géniteurs d’enfants extérieurs, mais en aucun cas pères. Est-ce une société barbare ?

Les Grecs anciens avaient aussi leurs systèmes. Un homme marié pouvait refuser d’être le père de l’enfant de sa femme et allait le déposer à un endroit avec plus ou moins de passages pour qu’il soit éventuellement recueilli par des passants. L’enfant était « exposé ».

On est toujours partagé, en généalogie, quand il y a des cas adoptés. Savoir qui est le géniteur de l’enfant peut être très intéressant. Mais connaître le grand-père du géniteur ? Si le géniteur n’a aucun rapport avec l’enfant, si la mère n’a jamais parlé de ce géniteur, est-ce que le grand-père de ce dernier a un intérêt ? Rien n'a été transmis dans l'éducation, dans les biens, dans les souvenirs, aucun lien à part une partie génétique.
Biologiquement, oui ça peut avoir un intérêt, puisque c’est génétiquement un ancêtre, mais un arbre généalogique purement génétique, c’est différent. On crache dans un tube, on paie 100$ et voilà.
D’un autre côté, faire l’arbre généalogique d’un parent adoptif ou d’un beau-parent qui a élevé l’enfant peut aussi poser question. Après tout, ce ne sont pas des « ancêtres génétiques » et notre côté biologisant s’interroge.

L’état-civil n’a pas pour but de « dire la nature », mais d’établir un document officiel pouvant servir juridiquement. Il n’a pas à être biologiquement vrai ou vraisemblable. Ce n’est pas un compte-rendu médical ou les résultats d’une radio dentaire ; c’est un autre « objet ». La loi pourrait rendre l'état-civil exclusivement biologique ; mais ce serait la loi, donc théoriquement la société, qui donnerait cette place à la biologie et qui pourrait, de fait, la reprendre.

En conclusion, cet article a eu pour but de montrer que l’histoire occidentale, mais aussi dans d’autres sociétés, n’établit pas de force un lien paternel qui transcenderait la société. Que, si on a tous des géniteurs, on n’a pas forcément tous un père et/ou une mère, que ce soit ou non malheureux ; c’était pareil durant l’Antiquité, le Moyen-âge, l’époque moderne et encore aujourd’hui. La filiation, outre la question de l’enchaînement biologique, est une affaire de reconnaissance entre les parents, l’enfant et la société ; la société peut rendre un homme père juridiquement d’un enfant biologique (illégitime par exemple, via une décision de justice) ; l’enfant peut refuser de reconnaître son père et le père l’enfant (même si on est obligés juridiquement, on peut refuser personnellement le lien ; ainsi si Jean-Pierre Foucault est votre cousin au 15e degré, il est peut-être juste un cousin généalogique et ne va pas forcément vous envoyer une carte à Noël avec « cher cousin », même si vous lui dites que vous l’êtes - c'est le principe de reconnaissance entre les deux personnes du lien de parenté).
On a pu aussi voir le fait que la phrase de ce député, même si elle peut réveiller émotionnellement une sensiblerie ou sincèrement choquer des gens, est correcte et tout à fait défendable historiquement et surtout, juridiquement (imaginez que chaque enfant de père non dénommé, enfant abandonné, etc. exige devant la justice qu’on lui attribue un père… et du coup, quel père ? le géniteur ? un homme au hasard ?).

Mon but, avec ce modeste article, était de parler de manière dépassionnée de ce brûlant sujet. J’espère avoir été juste dans mes propos ; n’hésitez pas à poursuivre la discussion dans les commentaires. Je préviens juste qu’en cas de débordements, des commentaires pourraient être supprimés, non par désir de censure, mais par souhait d’apaisement sur un blog qui n’a pas de vocation partisane en politique.

jeudi 15 août 2019

Classer ses actes généalogiques


Comment peut-on classer les actes que l’on récupère au fil du temps de sorte à les retrouver facilement ?
C’est en effet une question que votre serviteur s’est longtemps posé. Quand on commence, on a plein de capture d’écrans, d’actes en vrac, etc. Alors, comment faire ?
On va voir concrètement la manière que j’utilise, mais le plus important est que le classement doit vous convenir.

J’ai créé deux dossiers :
-          Ascendants
-          Descendants

Ascendants

Commençons par le premier. Les ascendants sont VOS ancêtres à l’exclusion de tous les collatéraux, y compris les frères et sœurs des ancêtres.
A partir de là, c’est assez simple :


Comme vous le voyez, chaque dossier porte un numéro. C’est le numéro de génération. Comme vous pouvez le deviner, chaque ancêtre l’est à une certaine génération et c’est en général noté sur votre logiciel, sur la fiche ancêtre.
Si vous avez un ancêtre plusieurs fois grâce à la magie de l’implexe, gardez le numéro sosa de sa première apparition (donc son lien le plus rapproché avec vous). Dans tous les cas, faut choisir une génération pour ces cas-là.

Allons faire un tour dans le dossier la génération 9 :


Oh, chouette, encore des dossiers ! Eh oui ! mais promis ce sont les derniers.
Le classement est simple. Nous avons ici, tous les ancêtres à la 9e génération classés par leur numéro de sosa. Un ancêtre = Un dossier.

Voyons un dossier, celui de Charles Ville :


Notons que le retrouver est extrêmement facile. Si je trouve un testament ou un autre acte le concernant, il suffit que je sois sur sa fiche Hérédis pour avoir son numéro de sosa. Et là, sur cette capture, on voit bien qu’il s’agit du sosa 410 à la 9e génération.
C’est dans ce dossier que sont centralisés tous les actes le concernant. Il se trouve qu’on y a les 3 actes classiques et rien de plus (ce qui est déjà pas mal).
Regardez la nomenclature. J’utilise toujours la même avec parfois des variantes pour les actes qui sont là depuis longtemps (avant l’harmonisation complète).
Tous les actes commencent par une lettre N, B, M, D, S. Pour naissance, baptême, etc. Ainsi :
B Ville Charles 09051745 Saint Trinit
Est composé comme suit :
B : Baptême
Nom
Prénom
Date de l’acte complète sans les barres ou autres signes. Ici c’est en date du 9 mai 1745
Lieu (Saint Trinit) + on peut y ajouter la paroisse quand il y en a plusieurs

Cette nomenclature ne sert pas à classer l’acte. L’acte est classé rien qu’en étant dans ce dossier. Ca sert à l’identifier au premier coup d’œil et à avoir les informations essentielles (notamment la commune, la paroisse ou la date exacte) car parfois les informations essentielles ne sont pas dans l’acte. Par exemple, on peut avoir la formule « l’an et jour que dessus », « en cette paroisse ». Là au moins, on sait cela.

On notera dans ce dossier le mariage Ville-Signoret. Je ne mets le mariage que dans le dossier de l’époux, ça ne me sert pas de l’avoir en double dans les deux dossiers.

Descendants

Partons d’un principe assez évident. Le frère d’un ancêtre est le fils de leurs parents communs. Ainsi, le frère doit être lié à ces parents pour la généalogie descendante.
Dans le dossier « descendants », on a les mêmes dossiers pour commencer. Un classement par génération. Puis dans chaque dossier, un dossier avec nos ancêtres :

On note tout de suite une chose : où sont les femmes ? Pour une raison simple, je ne les mets pas forcément. Laquelle ? Eh bien, si les enfants viennent des deux ancêtres, je ne vais tout de même créer qu’un dossier par descendant et autant que ce soit par celui qui transmet le nom. Les femmes y sont lorsqu’une aïeule s’est remariée et a eu des enfants d’un autre mariage car c’est ELLE qui est notre ancêtre et donc le seul lien avec les collatéraux.

Donc nous avons ici la liste d’aïeux à la 9e génération dont j’ai trouvé des enfants autres que mes aïeux. Prenons un cas concret à cette génération. Pierre Ricard, sosa 388, a eu d’autres enfants :

On voit ici plusieurs choses. J’ai choisi de commencer tous les dossiers avec « 1. » pour renvoyer en quelque sorte au dossier d'origine, mais on peut très bien s’en passer. Vous pouvez directement mettre « 1 », « 2 », « 3 ». Mais il faut absolument numéroter ; peu importe l’ordre réel des naissances car ce n’est pas pour cela que c’est fait. On peut donc voir 6 frères et sœurs + mon aïeul qui n’est bien sûr pas ici. Dans les dossiers, on met les actes comme pour les aïeux.

Et là, vous voyez sur l’image : « 1.2.1.  – RICARD Jean Baptiste ». 2.1. signifie qu’il est le fils du numéro 2, soit François RICARD. C’est ainsi que, dans le même dossier, vous aurez TOUTE la descendance de l’ancêtre choisi (ici, Pierre Ricard, sosa 388) à l’exception de celle de l’enfant dont vous descendez.
D’ailleurs, le fils de ce Pierre dont je descends, Jean Baptiste Ricard, a son propos dossier de descendants à la génération en dessous !

L’enchaînement de la numérotation pour la généalogie descendante est assez simple et surtout, votre dossier les classe automatiquement si vous respectez les normes (numéro.numéro.numéro.etc)

Pour une descendance plus importante, voici, toujours à la 9e génération, celle issue de Dominique Daulmery :


Ce sera tout pour aujourd’hui ! J’espère que cet article vous aura donné des idées ou du moins vous fera réfléchir à une manière d’ordonner, pour vous-même, vos actes informatisés !