samedi 8 décembre 2018

Jusqu'où peut-on remonter en généalogie ?

Lançons un petit débat : jusqu'où peut-on remonter en généalogie, d'après vous ?

Ce débat vient bien sûr de la fameuse question à 10cents "T'es remonté jusqu'où ?" quand quelqu'un qui ne sait pas l'enfer que c'est d'être un généalogiste pose soit-disant innocemment cette question alors qu'on sait tous que cette question a été créée par Lucifer contre nous !
Bref.
Respirons. Cette question que l'on nous pose assez souvent, nous pouvons nous la poser nous-mêmes différemment : jusqu'où puis-je espérer remonter cet arbre ?

L'idée d'en parler avec vous, mes adorables lecteurs (je peux checker le "léchage de bottes"), m'est venue en lisant un tweet de Juloz sur cet article.
Le monsieur en question parle de sa passion pour la généalogie et du fait qu'il est remonté jusqu'en 3000 avant JC. Le problème c'est que la quasi-totalité de l'article est réservé aux abonnés, mais le début ne fait pas envie.
Soyons sérieux quelques instants : en l'état actuel de nos connaissances, il n'est pas possible d'établir un arbre généalogique remontant à 5000 ans. Ca ne veut pas dire que ça n'arrivera jamais, mais on n'a pas les sources nécessaires.
Il s'agit bien sûr de fantasmes, de fausses généalogies et de quelques brins de naïvetés mélangés. Il existe des généalogistes malhonnêtes qui s'inventent des ancêtres en croyant que cela les rendra "plus fréquentables", mais il me semble que la majorité des erreurs relèvent de la naïveté ou simplement d'un grand manque de rigueur.
N'oublions pas que la généalogie est une passion pour la plupart. On peut aimer peindre sans vouloir être rigoureux, juste pour le plaisir d'écraser de la peinture sur une toile. On peut faire de la généalogie sans vérifier ses sources ou en croyant tout ce que l'on lit. Si on oublie que la passion est essentiel dans un hobby, alors on oublie qu'on pratique un loisir. Chacun a sa manière d'appréhender la généalogie.
Dans cet article qui invite à débattre, le but est d'essayer de voir jusqu'où on peut remonter en étant rigoureux historiquement (et donc scientifiquement).

Si vos ancêtres sont français, pas abandonnés, etc, vous pourrez remonter jusqu'à la Révolution. Pour les parisiens c'est compliqué puisque les archives ont brûlé durant la Commune ; ceci dit, vous avez aussi les registres notariés pour vous aider.
Au-delà de la révolution, tout dépend des régions, des communes, etc. Grosso modo, vous pouvez remonter vers le milieu du XVIIe grâce aux BMS (registres paroissiaux). Au-delà, ça se complique.
Pour améliorer les chances de grimper dans le temps, vous avez les minutes notariales. Elles-mêmes sont inégalement réparties dans le temps et dans l'espace.
Exemple : mes ancêtres de Valenciennes ne me sont pas parfaitement connus, surtout au début XVIIe car la moitié des registres notariaux ont été détruits durant la première guerre mondiale à cause des bombardements et le reste ne monte de toute façon guère au-delà.
A contrario, mes ancêtres marseillais peuvent être connus jusqu'au XIVe siècle sans soucis puisque Marseille a les plus vieilles minutes notariales de France toujours conservées.

Tout change si vous avez des notables ou d'anciens nobles dans votre arbre. La noblesse vous permettra de remonter plus facilement et assez loin dans le temps grâce aux nombreux travaux publiés sous l'Ancien Régime et même actuellement par les historiens qui s'intéressent toujours en priorité à la noblesse ou à la grande bourgeoisie. Vous pouvez monter de plusieurs générations d'un coup et, si vous êtes chanceux, vous trouver une ascendance royale qui a le mérite d'être en principe assez bien connue.

Le problème vient après. Jusqu'où remonter ? Jusqu'où croire les généalogies ?
Il me semble qu'il faut dans ce cas oublier les généalogies d'Ancien Régime et du XIXe et se concentrer sur les travaux récents. Grâce aux relectures de sources manuscrites, grâce à l'archéologie en grande partie, on peut un peu démêler les ascendances, mais en général, ça ne va pas plus loin qu'une ou deux générations (sauf rattachement surprise à une famille déjà connue).
Ainsi, de mémoire, les recherches ADN sur Toutankhamon ont montré que sa mère supposée ne l'était pas et que ses parents étaient frère et soeur (fréquent en Egypte antique pour la famille régnante).
Malgré tout, si vous croyez vous rattacher à un pharaon, vous faites erreur. Il est extrêmement compliqué d'établir une filiation antérieure à l'Antiquité tardive (IIIe au Ve siècles de notre ère) car on ne sait vraiment rien. Parfois on a un roi européen dont on ignore même le nom des parents et sur lequel on a des doutes quant à ses propres origines ! Il n'existe aucune filiation connue avec les Pharaons.
Ca ne veut pas dire qu'il n'y en a pas, mais on ne les connaît pas.

Personnellement, je ne m'intéresse pas aux généalogies médiévales ni aux généalogies nobles en général ; mes propres recherches me permettent de remonter, chez les roturiers, à un certain Guillaume Ricard originaire d'Allauch (à côté de Marseille) et ayant vécu à la fin du XIIIe siècle. Tout ça grâce aux dépouillements et reconstitutions de François Barby à partir des registres notariés de Marseille et des alentours !
J'ai des ancêtres plus lointains, descendants aussi de familles nobles et royales. Roglo fait remonter mon arbre jusqu'à l'arrière-grand-père de Conan Mériadec, qui aurait vécu au IIIe siècle de notre ère. Je n'ai pas étudié la question, regardé dans les bouquins les filiations, etc, dans ce cas particulier, donc je me tairai.

A partir d'un moment, quand on descend d'une famille étudiée par des historiens spécialisés, à quoi bon ? C'est bien beau, me semble-t-il, de pouvoir dire qu'on descend de Charlemagne, mais c'est juste un nom dans un arbre. La démarche généalogique est de reconstituer les liens. C'est de plus en plus, il me semble, la capacité à comprendre ces liens et cela nécessite de fouiller comme un détective. Que vais-je trouver de plus qu'un médiéviste sur Charlemagne ? C'est pourquoi je m'intéresse davantage aux oubliés, aux gens modestes ou aisés, mais sur qui on peut travailler.

Et vous alors, que pensez-vous de cette question ? Jusqu'où peut-on remonter ? Si vous avez des avis divergents, il ne faut pas hésiter, je ne mords presque jamais !

vendredi 7 décembre 2018

Comment transcrire un document en généalogie ?

On a tous affaire à des manuscrits quand on fait de la généalogie, mais une question revient souvent : comment transcrire ?
Il ne s'agit pas ici de vous apprendre à lire le document. Pour cela, il existe des formations par des associations, des cours à la faculté, des sites web... et vous-mêmes, en vous entraînant fréquemment.
Alors de quoi parle-t-on ? De règles ou plutôt de conventions et surtout de conseils.

Pour vous aider, nous allons travailler ensemble sur la transcription d'un document et voir ce qu'il faut faire : ce sera plus pratique que parler de manière abstraite.

Avant toute chose, la première règle est de ne jamais corriger l'orthographe, sauf dans les cas très précis que l'on va voir. La transcription n'est pas une "traduction", il s'agit d'écrire (à la main ou sur ordinateur) exactement ce que l'on voit.
Pourquoi ?
- On peut se tromper et donner un sens à un mot qui en avait un autre si on le transcrit mal
- L'orthographe et son maintien permettent à l'historien de savoir comment l'on pouvait orthographier tel mot ou encore au linguiste d'étudier par exemple les sonorités des mots suivant leurs orthographes (comme les différences régionales).
Pour vous, ça vous permettra aussi d'avoir plus d'authenticité et surtout d'exercer votre oeil en repérant, quand vous débutez, les lettres et non les mots. On n'apprend pas l'orthographe d'un mot sans savoir quelles lettres il contient...

Bref, passons au document (sous l'image, le lien vers l'original, en HD... et surtout dans le bon sens) :

Je vous conseille, surtout si vous débutez, de numéroter les lignes. Quand vous vous en sortirez mieux, vous pourrez vous passer de cela. En attendant, le faire vous permet, outre de savoir où vous en êtes dans le document, d'obtenir de l'aide sur les forums de paléographie ou les groupes Facebook.
Le document date de 1605 et je n'ai mis que la première page. L'année est importante parce que votre transcription ne sera pas la même suivant les siècles. En transcription (de documents en français), on peut distinguer trois périodes : le XVIe siècle, le XVIIe siècle et les documents postérieurs.
Gardons à l'esprit que nous avons un document du XVIIe siècle.

Le document a un titre, assez long et le titre fait partie des lignes :
1. Mariage entre Jehan Guillaume
2. Sauvecane d'une part
3. et Millete Seguine d'autre

A la première ligne pour le mot "Guillaume" et à la troisième pour "d'autre", nous avons des abréviations. Elles sont souvent repérables par le tilde, l'espèce d'accent au-dessus du mot.
Dans une transcription, il faut toujours "étendre" l'abréviation
Pas d'abréviation dans votre transcription, pas de parenthèses non plus, pas de signes particuliers. Rien de tout cela n'est nécessaire pour une abréviation. Pour l'orthographe du mot transcrit, on garde à l'esprit l'écriture du texte. Pour le XVIe, si vous avez une abréviation pour "cette" ou "dudit", il y a de fortes chances que le texte ait parfois le mot entier sous cette forme : "ceste" ou "dudict". Gardez l'esprit du texte tant que possible, mais il n'y a rien de dramatique si vous oubliez ! (rien n'est jamais dramatique)

On continue le texte :
4. L'an mil six cens cinq et le premier
5. jour du mois de novembre environ
6. l'heure de deux apres midy soyt
7. a tous notoire comme soyt esté
8. parlé contracter mariage par parolles

Ligne 6 "apres" et ligne 7 "a" n'ont pas d'accent. On ne met pas les accents, sauf à partir du XVIIIe siècle dans les transcriptions. A partir du XVIIIe siècle, vous pouvez mettre tous les accents.
Pourtant, me direz-vous, et "parlé" ligne 8 et "esté" ligne 7 ?
Bonne remarque.
Lorsque le mot se finit par "é" (parlé, acheté), donc surtout le cas du participe passé, on met l'accent. C'est le cas pour les XVIe et XVIIe siècles (et bien sûr après).
Si le mot est au féminin ou au pluriel (parlée, parlés, parlées) on ne met pas l'accent pour les documents du XVIe, mais on le met pour les documents du XVIIe.
C'est là la seule "règle" à vraiment retenir : celle des accents des participes passés.

On retient donc :
- Maintenir l'orthographe
- Etendre les abréviations
- L'accent final sur le participe passé singulier (acheté) est systématique, pluriel et/ou féminin seulement à partir du XVIIe siècle (achetée, achetées, achetés)
- On met tous les accents à partir du XVIIIe siècle
- On s'amuse

D'autres règles ou conventions existent, notamment dans le cas de notes tironiennes. Ces "notes" sont en fait des morceaux de mots en un seul signe : regardez ici comment ça fonctionne. Elles sont très fréquentes au XVIe, moins au XVIIe. Nous en utilisons toujours comme le "&" pour dire "et". Vous devez surtout retenir "per" "par" "pre" et "qui/que".
Quand vous voyez un mot ou un groupe de lettres qui est barré, il faut le noter et ajouter "barré" ou "biffé" : [biffé : accor]
Quand vous avez un renvoi, il faut inclure le texte renvoyé en fin de page ou de document à l'endroit où a été fait le renvoi : "il a esté *" vous notez : "il a esté [renvoi : accordé]".

Si vous avez des questions, des remarques, n'hésitez pas, les commentaires sont faits pour ça !

En cadeau bonus, je vous livre l'intégralité de la transcription de la page pour que vous puissiez vous entraîner :
1. Mariage entre Jehan Guillaume
2. Sauvecane d'une part
3. et Millete Seguine d'autre
4. L'an mil six cens cinq et le premier
5. jour du mois de novembre environ
6. l'heure de deux apres midy soyt
7. a tous notoire comme soyt esté
8. parlé contracter mariage par parolles
9. passees au louable tracté d'amis
10. comme entre Jehan Guillaume Sauvecane
11. filz legitime et naturel de maistre Jehan
12. Sauvecane notere royal et greffier et
13. de feue Françoise Rouxe de ce lieu
14. de La Tour d'Aigues diocese d'Aix d'une
15. part et damoyselle Miellete Seguine
16. vefve en premier lict de feu Victor
17. Briol de la ville de Marseille
18. fille legitime et naturelle de cappitaine
19. Mathieu Seguin et Bitronne Charlotte

Pour conclure, je suis ravi de n'être pas une femme ayant hérité des prénoms de ces aïeules (j'aurais souffert si j'avais été une femme nommée Bitronne ! mais tellement !).
Sinon, amusez-vous à transcrire, entraînez-vous et n'hésitez pas à aller sur les groupes Facebook ou les forums demander des conseils et de l'aide. Ou à voir avec un professionnel ou un enseignant !
A très bientôt !

mercredi 5 décembre 2018

Dans la bibliothèque du généalogiste : quelques publications aux PUR

Les PUR ? C'est quoi, ça ?
Je sais, je devrais pas écrire en abrégé, mais le titre serait trop long sinon. Les PUR sont les Presses Universitaires de Rennes.

Ne partez pas ! Il s'agit d'un éditeur que j'aime beaucoup, l'un de mes préférés dans le domaine historique parce que vous y trouverez une incroyable variétés de publications. Et cela pourra vous servir, généalogistes !

Les PUR publient divers travaux, allant de thèses remaniées aux habilitations en passant par des ouvrages issus de colloques. En fait, la plupart des ouvrages sont des livres collectifs venant de colloques ou rencontres. Si certains peuvent être intéressants, pas mal de colloques ont un gros défaut : un sujet assez général et des interventions très précises, ciblées, qui n'intéressent finalement pas grand monde. Mais la curiosité est une belle qualité, donc dès que le sujet me plaît, je me procure le livre, même si, à force, on sait que ce genre de livre est très inégal suivant les interventions.
Malgré ce bémol, qui concerne tous les éditeurs universitaires, les PUR ont un catalogue extrêmement riche, utile tant pour l'historien que pour le généalogiste. Je vais essayer de faire plus souvent de brefs "compte-rendus" de lecture et (si je m'en sors) vous verrez souvent cet éditeur.

Bref !
Le sujet de cet article est avant tout de parler concrètement de bouquins. Je ferai avec vous le tour d'éditeurs que j'aime bien en mettant en avant les nouveautés. Pour les bouquins plus anciens, on verra plus tard. J'ai regardé les publications des PUR de 2018 et ai sélectionné trois livres, rien que pour vous !

Commençons tout de suite :

Les pratiques politiques dans les villes françaises d'Ancien Régime. Communauté, citoyenneté et localité

Ce livre est écrit sous la direction de Claire Dolan. Il s'agit d'une historienne que j'apprécie beaucoup pour son ouvrage Le notaire, la famille et la ville consacré à Aix-en-Provence au XVIe siècle. Je vous conseille ce bouquin pour mieux connaître les notaires du midi et en général, la quasi-totalité des livres publiés dans la collection correspondante (Archives notariales je crois) aux Presses universitaires du Mirail (Toulouse). Vous y trouverez notamment des bouquins de Gabriel Audisio.
Ce travail précis, lui, est consacré à des villes françaises. Si le but est d'essayer de tirer des tendances globales, il se concentre sur trois villes : Marseille, Toulouse et Paris. Claire Dolan connaît très bien Toulouse et doit un peu connaître Marseille aussi, au moins via ses travaux sur Aix. Elle écrit en tant que directrice, entourée de six autres auteurs, ce qui est beaucoup.
Voici un extrait de la présentation de l'éditeur :
Le livre constate à quel point la localité était alors un enjeu politique et comment elle produisait elle-même des intérêts communs. La localité est ici, certes, une échelle d’analyse, mais elle permet aussi de voir à quel point les citadins construisaient des enjeux publics à partir de l’esprit communautaire auquel ils étaient attachés.

Il me semble que ce travail peut être utile au généalogiste. Souvent le généalogiste est hors-sol, il voit passer des noms, les met dans un arbre et voilà. Là, avec ce travail, on a peut-être une chance de voir s'articuler les citadins et leurs intérêts. Il me semble qu'on approche aussi d'une "histoire des réseaux", qui est très tendance ces dernières années et très pertinente. Le généalogiste établit un réseau familial abstrait (la parenté) et cherche parfois à concrétiser ce réseau (qui connaissait qui dans la famille, quel lien avec le père, la mère, les oncles, etc.). Dans ce livre, on semble être dans le cadre de la localité urbaine : les réseaux entre membres d'une même communauté.

C'est personnellement un livre que je vais acheter très rapidement. Le fait qu'il soit dirigé par Claire Dolan est un atout majeur à mon sens, le fait qu'il traite de Marseille est pour moi décisif, mais plus encore que mes préférences, le thème, l'approche nationale, générale, et l'histoire des pratiques dans une communauté (un réseau) semble faire de ce livre un must-have de cette année 2018. Espérons que le contenu soit à la hauteur de la promesse !

PS : Je viens de trouver la table des matières. Ca ne change rien au fait que je compte me procurer ce livre. Mais sur plus de 230 pages consacrées à trois villes, n'avoir que 20 pages sur Marseille crée immédiatement un déséquilibre qui fait tâche et met en doute le sérieux de la démarche. Plus de news quand j'aurai le livre et surtout quand je l'aurai lu.

Les femmes et la mer à l'époque moderne

Ce livre est écrit sous la direction d'Emmanuelle Charpentier et de Philippe Hrodej. Je ne suis pas très familier de ces auteurs, j'avoue ! Je connais Emmanuelle Charpentier via sa thèse, mais sans plus. Quant au co-directeur je ne le connaissais pas ; il est spécialisé dans les corsaires et a publié plusieurs ouvrages sur ce thème. Nous avons affaire à deux spécialistes de l'histoire maritime.

Cependant, ce qui m'intéresse, c'est pas un énième livre d'histoire maritime, c'est le lien fait entre les femmes et la mer. Il y a toujours quelques exemples de femmes sur des bateaux, mais le fait semble très rare et surtout on parle davantage des marins, des pêcheurs, des hommes, que des épouses, mères et filles. Emmanuelle Charpentier publie beaucoup dessus. Gilbert Buti (qui a travaillé avec les deux directeurs de ce livre à d'autres endroits et qui publie une communication dans celui-ci) a aussi travaillé sur ce terrain en étudiant la pluri-activité des gens de mer (et donc le travail des femmes quand le mari est en mer).

Le sujet est passionnant. Mais ! il s'agit d'un ouvrage collectif avec 17 auteurs. Ce qui veut dire forte disparité, puisque interventions variées sur divers sujets. J'ai donc décidé de regarder un peu la table des matières.

Le point positif, assez rare malheureusement, est la présence d'une conclusion. En général, on a une introduction et une suite d'interventions sans conclusion. Malgré tout, le sommaire est très disparate. Le livre couvre l'époque moderne et le XIXe siècle, concerne aussi bien les territoires français que néerlandais, les populations russes ou des Shetland. Vous avez les récits de voyage de la bourgeoisie/aristocratie mélangés avec des fileuses. Des pêcheurs, des marins militaires, des voyages en bateaux.

Bref, Les femmes et la mer concerne bien les femmes et la mer en général. Sauf que chaque intervention étudie un cas particulier, voire extrêmement particulier. Hormis le thème du livre, il semble n'y avoir aucun liant. Je vous mets le lien vers la table des matières, parce que même si le livre paraît s'éparpiller, vous pouvez trouver quelques communications qui vous intéresseront en particulier. C'est mon cas, mais ce sera plutôt, dans un premier temps, une consultation en bibliothèque. Il reste important de traiter ce genre de sujet et rien que pour avoir réuni tous ces chercheurs, je tiens à féliciter les directeurs de la publication.

La société fluide. Une histoire des mobilités sociales (XVIIe-XIXe siècles)

Livre rédigé par Richard Flamein. Je ne connais pas du tout l'auteur de cet ouvrage qui est une version remaniée de sa thèse de doctorat. J'ai été intrigué par le titre et surtout le sous-titre ("une histoire des mobilités sociales"). C'est la raison pour laquelle j'ai regardé le résumé éditeur, la table des matières puis que j'ai acheté ce livre, malgré quelques atermoiements.
Le titre du livre est attirant et promet. Mais le résumé éditeur est une véritable douche froide me concernant. Je vous expliquerai pourquoi je l'ai tout de même acheté (pas encore lu) et pourquoi je ne regrette pas cet achat.
Voici le résumé éditeur dans son intégralité :
Les mobilités sociales n’ont jamais été véritablement un objet historiographique, celles d’Ancien Régime en particulier, volontiers tenues pour inexistantes. Il est vrai que la société dite d’ordres a longtemps servi de contremodèle, pour ne pas dire de repoussoir, consacrant, dans les sociétés démocratiques, des dynamiques parfois plus supposées que réelles. L’approche retenue en fait la particularité : délaissant les catégories traditionnelles posées comme a priori, elle offre une matrice fluide du mode de production empirique des mobilités et des identités bourgeoises, par une analyse méticuleuse de ses univers matériels, de ses réseaux de propriétés et de sociabilités. De la Malmaison à la place Vendôme, du négoce normand à la création de la Banque de France, de la traite négrière à l’argent d’Espagne, le livre épouse la formidable ascension de la dynastie Le Couteulx sur sept générations. Il propose, en définitive, un tableau totalement inédit des mobilités sociales bourgeoises, entre 1600 et 1824.

Bien... Déjà, les mobilités sociales sont très souvent étudiées et en particulier l'ascension sociale, dans la notabilité en générale et surtout dans la bourgeoisie et l'aristocratie "nouvelle". Deux thèses me viennent en tête sur ce sujet, celle de Claire Châtelain (Chronique d'une ascension sociale) et celle d'Alain Servel sur le pays d'Apt. Il n'y a rien de nouveau à parler d'ascension sociale, c'est un objet d'étude omniprésent. Avant de venir aux points qui m'ont fait acheter ce livre en particulier, autre point qui me chagrine. On nous présente une histoire "des" mobilités sociales alors qu'il ne s'agit pas des mobilités mais d'une seule mobilité, l'ascension. Le déclassement social, presque jamais étudié sur la longue-durée (déclassement de branches familiales ou de familles entières donc, pas simplement le déclassement d'un individu), semble ici passé sous silence. De plus, le livre traite d'une seule famille, ce qui limitera peut-être les comparaisons dans le texte même, surtout qu'il s'agit d'une "formidable ascension" et que la famille en question semble être arrivée au sommet de la hiérarchie sociale, évacuant toute forme d'ascension intermédiaire (un petit négociant fils d'ouvrier ou même un laboureur propriétaire fils d'un travailleur de la terre).

Malgré tout, traiter d'une seule famille n'est pas un problème en soi, surtout qu'étant donné qu'il s'agit d'une thèse publiée, le propos doit être bien sûr élargi. Ce qui peut intéresser le généalogiste (ou même l'historien) qui ne s'intéresse absolument pas à cette famille Le Couteulx (c'est-à-dire à peu près tous les lecteurs) va se situer ailleurs.

Et finalement, le titre et le résumé éditeur sont peu éclairants sur ce qui me semble être le point fort de ce livre et qui justifierait d'emblée sa lecture : son approche. Une approche spatialisée de la bourgeoisie : comment la mobilité sociale et spatiale vont de paire ? C'est même l'univers matériel (pour reprendre l'expression presque noyée dans le résumé) qui semble être au coeur de ce livre. Et ça, c'est intéressant.

L'auteur semble se diriger vers une étude des objets en général, du logement aux bijoux. Comment les objets nous permettent-ils de mieux appréhender le propriétaire et l'image qu'il se faisait de lui-même ? Pour le généalogiste, l'objet est intéressant dans sa transmission : y a-t-il des objets dont on hérite ? Pourquoi cet objet plutôt qu'un autre ? Les dimensions symboliques doivent être puissantes dans ce mécanisme.

En somme, ce livre me paraît être une excellente lecture que j'ai hâte de débuter. Je vous en dirai davantage quand je l'aurai lu, il est au chaud dans ma bibliothèque. Depuis quelques années, l'idée de travailler sur la transmission de l'objet à travers plusieurs générations m'effleure et cela peut intéresser tout généalogiste ayant chez lui des objets ayant appartenu à des aïeux. Je trouve dommage que le titre et le résumé éditeur ne donnent pas spécialement envie d'acheter ce que la table des matières révèle. Restez connectés, on reparlera bientôt de ce livre !



Voilà, ce sera tout pour cet article. En me relisant, je me trouve parfois un peu dur avec les PUR et même avec les auteurs. Je tiens à préciser aux lecteurs de cet article que si j'écris sur les PUR c'est que j'aime ces éditions et si je parle de ces livres c'est qu'ils m'intéressent. Certes, je ne pourrais parler que de ce qui me semble positif, mais je préfère rester honnête et dire quand une chose me plaît moins ou que j'ai des doutes.

Les Presses universitaires de Rennes font un boulot incroyable en publiant énormément. Dans le domaine historique il doit s'agir du premier éditeur universitaire en nombre de publications ; j'ai d'ailleurs facilement une vingtaine de leurs bouquins chez moi. Je vous conseille de faire un tour dans leur catalogue, vous trouverez forcément chaussure à votre pied.

Les livres cités ici feront probablement une apparition avec un avis après lecture (qui me semble être le seul avis qui compte vraiment). N'oubliez pas, il s'agit dans les articles du type de celui-ci de présenter avant tout des ouvrages qui peuvent être intéressants, et pourquoi.



Sur ces bonnes (?) paroles, prenons un bouquin et instruisons-nous !

mardi 4 décembre 2018

Se réinventer en généalogie


La généalogie est une passion qui nous prend et ne nous lâche plus. Pourtant, par moments, on a des doutes sur nos méthodes, notre manière d'appréhender les documents, etc. Il faut alors peut-être songer à se "réinventer".

Oui, le terme est un peu fort, mais vous pouvez voir, dans votre carrière de généalogiste, qu'à un moment, tout change... ou presque ! C'est ce qu'il m'est arrivé il y a quelques années quand j'ai décidé de reprendre tout mon arbre afin de mieux traiter les documents d'archives et certains détails comme les témoins (qui ne sont pas si anodins !).

Sans aller jusqu'à redémarrer votre arbre, je peux donner un petit conseil personnel : relire des actes étudiés il y a longtemps, notamment si c'était à une période où l'on prêtait moins attention aux détails. Ca permet de vérifier s'il n'y a pas eu un oubli de votre part, une mention, quoi que ce soit qui puisse vous permettre de mieux connaître votre ancêtre.

Se réinventer, c'est aussi innover. Changer de manière de faire. L'informatique et notamment les archives en ligne ont été un tournant en généalogie. Les bases de données aussi. Elles vous permettent d'avoir rapidement des fratries, des cousinages ou des aïeux directement. Et avec les AD en ligne, vous pouvez avoir accès à l'acte très vite. D'autre sources s'offrent à vous, comme les journaux, les archives non numérisées mais aussi d'autres ressources.
Utiliser une carte postale ancienne pour illustrer un village, profiter des numérisations des bénévoles sur Geneanet par exemple, lire un bouquin soit régionnaliste soit sur une profession, tout cela permet au généalogiste de mieux comprendre le passé de ses ancêtres et peut-être de trouver aussi de nouvelles méthodes pour son propre traitement des données.

Ca vous paraît abstrait, et c'est assez vrai. C'est pourquoi je vais vous donner un exemple concret.

Mes recherches sur la famille patronymique de ma mère m'ont fait remonté jusqu'au temps des guerres de Religion. Un certain Salomon Lombard est un des plus vieux ancêtres connus. Il avait une certaine aisance et, surtout, il a passé pas mal d'actes chez les notaires dans le sud de Vaucluse (Tour-d'Aigues et Lourmarin, notamment).
Comment traiter tout cela ? Comment traiter des dizaines d'actes notariés sur une même personne ?
En vous posant des questions. Du moins en posant des questions aux documents. Un acte de vente peut dire des tonnes de choses. Mais vous, que voulez-vous savoir grâce à ce document ? Voulez-vous juste savoir le prix de la transaction, les noms des parties ? Ou voulez-vous savoir si ce type de vente est fréquent ?
Suivant votre question, votre recherche va être différente.
Le prix de transaction, le nom des parties, vous aurez ça directement dans l'acte, limite si le notaire l'a pas souligné en rouge.
Pour aller au-delà, il peut être intéressant de prendre le registre complet et de regarder "combien de ventes" "quels prix" "qui vend, qui achète". C'est à vous de construire votre connaissance de l'ancêtre en question et, par exemple, on ne connaît pas véritablement la valeur d'une somme d'argent au XVIIe ; il faut comparer avec d'autres ventes, voir les sommes et avoir enfin une idée de grandeur.

Si votre but est surtout de faire des liens généalogiques, vous n'aurez pas forcément besoin de tout ce travail de contextualisation. Mais vous devrez aussi vous poser des questions. Pourquoi "Jeanne Dupont" est la marraine de "Jeanne Durand" ? Peut-être y a-t-il un lien de parenté, un lien par alliance, un lien professionnel avec les parents, etc. Les parrains, plus encore que les témoins, sont d'une importance cruciale et souvent vous débloqueront un arbre. Prenons encore un exemple :
Mon ancêtre Jean Bidule a eu de son épouse un fils : Pierre Bidule. Son parrain est Pierre Machin et sa marraine Anne Truc. Sans liens de parenté notés ou apparents.
Vous aimeriez savoir qui sont les parents de Jean Bidule, mais vous n'avez pas son acte de mariage.
Par contre, vous trouvez, bien avant, un acte de baptême d'un Jean Bidule fils de Paul Bidule et d'Anne Truc. Est-ce le vôtre ?
Probablement. Pourquoi ? Parce que le premier baptême donne comme marraine Anne Truc. Et là, vous avez bien une Anne Truc mère d'un Jean Bidule. Si l'on ne peut être sûr à 100%, la probabilité est très élevée. Il faut garder en tête que la généalogie, notamment "lointaine", est avant tout affaire d'hypothèses plus ou moins probables !
C'est pourquoi il faut toujours noter les parrains et marraines, même si vous faites une généalogie "simple", avec seulement les liens de parenté, sans creuser davantage l'histoire familiale.

Ce sont de petites choses, que beaucoup font probablement. Malgré tout, quand j'ai commencé, je ne le faisais pas. Au fur et à mesure, j'ai pris conscience de certaines choses importantes à faire et me suis aussi inspiré de diverses lectures. C'est ainsi qu'on se réinvente. On peut affiner ses connaissances et surtout, renouveler le plaisir de la recherche.

Un dernier point pourrait concerner le "blogging". Un blog, quand il est un peu vieux (celui-ci a fêté ses 8 ans il y a quelques mois) doit aussi se réinventer, se renouveler. Il faut trouver de nouvelles idées (et du temps pour écrire, ce qui m'a beaucoup manqué !) car on peut avoir vite fait le tour. Encore une fois, tout dépend de ce que vous voulez raconter. Si c'est pour parler de tous vos ancêtres, alors, vous avez de quoi faire pour plusieurs vies, mais, si vous avez d'autres envies, c'est pas évident.
Je reviendrai sur les blogs de généalogie dans un autre article, mais je souhaitais vous en parler brièvement parce que, si "Sacrés Ancêtres!" ne se réinventent pas totalement, gardant son côté "va-t-il publier un article sérieux ou encore déconner sous LSD ?", je peux vous dire que le blog devrait un peu s'activer dans la période qui arrive.

La conclusion de cet article est simple : Eclatez-vous et pensez à sortir des normes. La généalogie est un loisir pour la plupart d'entre nous, amusez-vous à émettre des hypothèses, à revoir des documents en vous posant toutes les questions possibles.