vendredi 28 juin 2019

Les liaisons dangereuses de nos aïeux


Je vous avais parlé d’amours déçues, il y a plus d'un mois ; ces amours où la famille s’interpose, où l’argent est à prendre en compte, où même la religion s’immisce. Mais parfois, l’amour peut être une déception voire une trahison !

Nos ancêtres n’étaient pas en reste. Eux aussi vivaient à la façon de Dallas, avec leurs secrets, leurs cocufiages, maîtresses et amants. Aujourd’hui, en digne successeur de Voici, Voilà, France Dimanche et autres revues universitaires, Sacrés Ancêtres ! va briser le tabou de nos ancêtres volages.

La femme du capitaine

Je vais vous parler d’une fratrie, évoquée dans l’article précédent. Les frères et sœurs Prat. Nés entre 1884 et 1892, ces frères et sœurs sont issus du milieu « officier ». Famille bourgeoise donc, fréquentant notamment le milieu de la fonction publique et du négoce.

La famille Prat au complet vers 1903

L’un d’eux est mon aïeul, Marcel. Ce jeune homme à l’époque a entamé son service militaire et était sous les ordres d’un capitaine dont je tairai le nom.
Ce capitaine M. est vite devenu un ami de la famille Prat, le père étant lieutenant-colonel. Il ne savait pas au début que le jeune Marcel était fils d’officier et dès qu’il le sut, il fut très… conciliant. Du coup, le jeune Marcel était invité souvent chez le capitaine et son épouse. Très souvent. Trop souvent ?
La femme du capitaine avait le béguin pour le jeune Marcel et c’était réciproque. Ainsi, quand le capitaine n’était pas là, les deux jeunes gens (la femme du capitaine était plus âgée) se retrouvaient et devinrent très vite amants. Une relation qui dura plusieurs années, dans le plus grand secret.
Qu’aurait-pensé le père Prat s’il avait su que son fils avait une liaison avec l’épouse d’un de ses amis ? Il n’en aurait probablement pas pensé du bien.

Au début de l’année 1918, Marcel attrapa la typhoïde et fut alité pendant de nombreuses semaines, souffrant de fièvres et de délires. Sa petite sœur, Hélène, s’occupait de lui. Elle partit prendre du linge propre dans la malle de Marcel, amenée à l’occasion de sa maladie chez ses parents, et découvrit un nombre assez important de lettres enflammées entre Marcel et la femme du capitaine. Heureusement que la sœur sut garder le silence. Elle cacha les lettres dans sa propre chambre le temps que Marcel guérisse de la typhoïde. Elle le « convoqua » ensuite pour une petite explication entre quatre yeux !
Elle fit alors à son frère cette remarque : « Tu es véritablement inconséquent et imprudent d’avoir conservé des lettres aussi compromettantes pour une femme mariée, de plus amie de la famille ! »
Autrement dit, le problème n’était pas qu’il avait une liaison avec une femme mariée ou que cette dernière trompe son mari… NON ! C’est qu’il en avait gardé les preuves. La fidélité est une chose surfaite, la réputation est prioritaire !

Mais voilà, le brave Marcel n’était pas le seul…

Une photo, c’est toujours plus clair qu’une lettre

Le fils aîné, Léon, était militaire de carrière comme son père. Dès l’enfance, il fut envoyé en pension au Prytanée Militaire avant d’intégrer Saint-Cyr.
Dès le mois d’août 1914, Léon fut blessé au front, assez gravement. Une balle lui avait traversé les deux cuisses et il fut soigné d’urgence dans les Ardennes avant d’être envoyé dans un hôpital à Lyon. Là-bas, il fut soigné par Mme D. (pareil, je garde confidentiel le nom). Infirmière à l’occasion de la guerre, c’était une amie du père Prat… ainsi que son mari…
Vous avez compris où je veux en venir !
A partir de ce moment-là, une liaison torride s’installa entre le jeune officier et la femme mariée.
Après avoir été remis sur pied, le jeune Léon repartit au front. Mais pas pour longtemps car il fut fait prisonnier par les Allemands. Envoyé dans un camp de prisonniers, l’armée renvoya ses affaires chez ses parents…
Si je vous dis qu’ils ont envoyé une malle ? Vous voyez le lien avec l’histoire d’avant ?
En effet. Et oui, votre déduction est probablement correcte.

Léon Prat (à gauche) et son frère Marcel Prat (à droite)


La jeune Hélène, à la demande de sa mère, eut à s’occuper de vider la malle du linge pour le confier à laver. En faisant le tri, la jeune sœur tomba… sur un paquet de lettres enflammées ! Mais en plus, il y avait des photos qui… comment dire… étaient assez compromettantes !
Rebelote, cacher les lettres, attendre que le frère revienne, discussion, « et notre réputation ! », etc. Pour citer Hélène Prat : « Décidément, mes frères avaient peu de scrupules ! »

Rendez-vous chez l’antiquaire

Je vous avais parlé d’une des filles Prat, Valentine. Elle avait épousé son cousin, Henri Monchicourt et vivait à Milan. Le père de Henri, d’abord représentant pour une marque de plumes à écrire qui lui a assuré un très confortable niveau de vie, était surtout un amateur éclairé d’art. Tableaux, sculptures, antiquités, livres rares. Il avait une collection assez importante et initia son fils qui en fit un métier. Ce dernier ouvrit un très grand magasin à Milan utilisant pour se lancer quelques pièces de la collection de son père.
Le commerce marchait très bien et le gratin milanais (dit comme ça…) fréquentait la boutique. Henri eut alors plusieurs maîtresses, notamment quelques dames venues passer quelques temps à Milan en villégiature. Il se croyait visiblement irrésistible… Sa pauvre épouse, bien au courant de ces affaires, ne pouvant y faire grand-chose, se résigna et s’occupa de ses enfants.

Valentine Prat

Fort heureusement, cela ne dura pas éternellement et Henri finit par être bien moins volage.


Puisque c’est fini entre nous, j’épouserai le premier venu !

La petite sœur, Hélène, eut lorsqu’elle était jeune adulte une histoire d’amour avec Etienne D. Tous deux étaient follement amoureux l’un de l’autre. La famille D. considérait déjà la jeune Hélène comme leur belle-fille, mais la famille Prat n’était au courant de rien.
La guerre éclata alors en 1914. Etienne fut envoyé au front et continuait à envoyer des lettres torrides à sa bien-aimée qui faisait de même, espérant que la guerre se finisse vite pour qu’elle puisse l’épouser et être heureuse.

Et la guerre finit.

Hélène Prat

Peu avant le retour d’Etienne, le père d’Hélène reçut une lettre d’un ami de la famille. Cet ami était le père de Max et de Sacha. Sacha et Hélène étaient amies depuis leur plus tendre enfance et elle connaissait le grand frère, un peu gauche, séduisant mais maladivement timide. Elle n’avait jamais fait attention à lui. Et pourtant ! Cette lettre, venue du père de Max, demandait très officiellement à M. Prat la main d’Hélène pour son fils. Le très sérieux lieutenant-colonel alla voir sa fille et lui fit remarquer qu’elle était bien cachotière et qu’il ne se doutait pas qu’elle et Max avaient envie de se marier. Hélène fut autant surprise que son père, elle qui ne se doutait de rien ! Elle ne voulait pas épouser ce Max, elle voulait épouser Etienne !

Etienne fut enfin démobilisé. Mais quelque chose avait changé ; il en avait « gros sur le cœur ». Il avoua à Hélène qu’il avait eu une liaison avec une jeune femme dans le nord de la France, fille d’un aubergiste. Il assura à Hélène qu’il n’aimait pas cette fille, qu’il n’en voulait pas. Mais cette jeune fille lui annonça qu’elle était enceinte et qu’il ne pouvait pas la laisser ainsi.
Etienne, contre son gré, se résigna. Cette aventure lui coûtait chère : sa liberté. Il promit à la fille enceinte de l’épouser.

Hélène en fut très affectée et énervée. En rentrant chez ses parents, elle brûla les lettres d’Etienne. Puis, dès le lendemain, elle prit la plume. Après tout, si elle ne pouvait pas être heureuse avec l’homme qu’elle aimait, autant se moquer de l’avenir. Elle écrivit une autre lettre. A Max. Elle acceptait de l’épouser.

Hélène coupa les ponts avec Etienne, pour l’oublier, pour construire son avenir avec celui qui devint ensuite son époux : Max.

La femme d’Etienne accoucha un an après leur mariage.

De la fuite à l’asile : la tragédie d’Elizabeth

En général, j’essaie de sourire de ces histoires de maris et femmes volages. Mais l’histoire de la fille aînée de la famille Prat, Elizabeth, n’arrive pas à m’arracher un sourire ; au contraire, elle est édifiante et assez terrible.

Si vous avez lu l’article sur les Amours Déçues, vous savez comment Elizabeth a rencontré son époux, Edmond. Un cousin un peu désargenté, un amour fou et réciproque, un refus par le père de cette union avant d’accepter suite au désespoir dangereux de sa fille aînée.
Elizabeth était fougueuse et convola avec son bien-aimé. Sauf que… elle fut très vite désenchantée…
Son mari était quasiment impuissant et elle était insatisfaite de ceci. Elle apprit à le connaître et elle l’appréciait de moins en moins. C’était réciproque. Elle espérait avoir un enfant, mais n’y arrivait pas. Le fait qu’Edmond ne puisse pas vraiment être « présent » est une chose, mais ce n’était pas ce qui l’empêchait de tomber enceinte ; d’ailleurs Edmond n’avait rien à voir là-dedans. Malgré des traitements, Elizabeth n’arrivait pas à tomber enceinte. Elle subit ce qui devait être une petite opération pour l’aider. Mais le chirurgien découvrit un kyste de la taille d’un citron (!) et dut enlever tout l’appareil reproductif de la pauvre Elizabeth.

Après cela, rien ne fut plus pareil pour elle. Elle faisait du piano sans cesse, tentait de s’occuper, mais supportait de moins en moins son mari, sa vie. Alors qu’ils vivaient à Paris, elle disparut de chez son mari. Elle n’était pas partie seule…
Elizabeth s’est enfuie avec son amant, Paul (je garde son nom de famille pour moi). Ce Paul était professeur au conservatoire, grand musicien à l’époque et surtout… il était le meilleur ami d’Edmond !
Sa femme et son meilleur ami s’enfuirent sur la Côte-d’Azur. Mais ça ne dura pas. Personne ne sait ce qui s’est passé sur la Côte-d’Azur ni combien de temps leur liaison dura, ni même, exactement, où ils furent.

Un jour, Elizabeth débarqua chez ses parents, à Marseille. Amaigrie, l’air perdue, elle déposa ses bagages et resta chez eux. Elle ne dit jamais rien sur ce qu’il s’était passé. Seule confidence, elle avait quitté son mari.
Le père Prat n’était bien sûr pas ravi d’avoir chez lui sa fille mariée qui avait largué son mari, alors que lui-même avait toujours détesté ce prétendant et avait refusé, dans un premier temps, le mariage.
Elizabeth montrait des signes graves de problèmes « nerveux ». Angoissée et paranoïaque, craignant qu’on lui veuille du mal, qu’on l’empoisonne, elle avait beaucoup changé. Terminé le temps où elle faisait les délices des salons en jouant du piano et en se faisant courtiser sans cesse.

Quand la guerre fut finie, le père Prat en eut assez de la situation et décida de renvoyer Elizabeth chez son époux. Geste assez cruel en apparence, mais je ne saurais dire exactement ce qui motiva cette décision.
Il envoya un télégramme à Edmond, pour lui signifier que son épouse serait dans tel train, tel jour.

Pour Edmond, il était hors de question de vivre avec Elizabeth. Une séparation était une chose, mais ce qui s’ensuivit fut terrible. Edmond accueillit Elizabeth à la sortie du train en l’envoyant directement dans un asile.

La jeune femme y fut enfermée un an, sans possibilité de contact avec l’extérieur. Et ce, jusqu’en février 1920 où les parents d’Elizabeth reçurent une lettre annonçant le décès de leur fille dans l’hôpital psychiatrique. Edmond annonçait la nouvelle, elle serait morte de la grippe espagnole.

Ainsi mourut à 35 ans une jeune femme qui semblait n’avoir pour avenir que le bonheur, mais qui ne connut que désillusion, souffrance et finalement déchéance.

Pour conclure cet article, je tiens à dire que tout ce qui a été raconté est réel. Le nombres de sources ne permet pas d’être absolument certain de la véracité de chaque détail, mais je vous les ai livrés tels qu’ils ont été rapportés à l’époque par des contemporains.
Quand on fait de la généalogie, notre généalogie, on a souvent deux tendances. D’abord, il y a l’anonymisation de nos ancêtres : ils sont tellement nombreux suivant la génération qu’ils sont un parmi d’autres et cela les désincarne un peu. L’autre tendance est l’idéalisation : on idéalise les ancêtres, retenant les faits glorieux pour les uns, l’exaltation d’un monde rural perdu pour d’autres, ou encore le fait qu’ils ont été malheureux à cause de circonstances (épidémies, disettes, oppression par un « pouvoir » en place).
Ces histoires m’ont servi et j’espère qu’elles vous serviront, à rappeler que nos ancêtres étaient comme nous. Nos ancêtres étaient imparfaits, torturés, tout en nuances. Ils étaient humains. Nous le sommes aussi.
Ce sont ces imperfections qui rendent nos ancêtres si chers à nos yeux.

A leur mémoire et plus encore, à leurs vies.
(en haut de gauche à droite : Mathilde Patte, Léon fils, Valentine, Elizabeth. Au premier plan : Hélène et Marcel)


samedi 18 mai 2019

Guide de survie du généalogiste en milieu... normal



La généalogie c’est bien. Mais ça nous transforme un peu… Quand le généalogiste est en société, il est alors l’objet de curiosité, entre fascination et répulsion.

L’an dernier mon frère s’est marié et j’ai été son témoin. Ravi du mariage et d’être choisi pour témoin, il m’est quand même venu une pensée bizarre que je ne partage qu’avec vous, chers lecteurs. J’allais signer sur un acte de mariage.
Oui. J’allais être témoin.
Et j’ai pensé à ces générations futures qui, faisant de la généalogie, me noteraient en témoin de mariage. Du coup, quand j’ai signé, en mairie et à l’église, j’ai fait une belle signature pour la postérité.

Si je dis ça à mon frère, pour qui la généalogie est la lubie de son frère, il va me regarder étrangement, lever un sourcil puis, après hésitations, me dire : « Hein ? J’ai rien compris. »

Car nous sommes bizarres. Les généalogistes sont bizarres.

Les gens normaux, quand vous dites que vous faites de la généalogie, vous posent des questions comme : 
« T’es remonté jusqu’où ? »
« Tu descends de Jeanne d’Arc ? parce que moi, oui »
« T’es noble ? »
« Pourquoi tu fais ça ? Tu veux hériter de quelqu’un ? »
« C’est quoi l’intérêt ? »
« Et sinon, tu peux me passer le sel ? »

Et faut surtout pas répondre sérieusement. Ni se moquer. Ni bouder. Dans l’idéal, faut prendre un air détaché et dire que c’est un passe-temps, que non, c’est une légende j’ai pas de blog.
Ou dire, sur un ton hipster : « oui, je m’intéresse à l’anthropologie familiale à l’époque moderne, aux systèmes d’alliance en zones rurales et urbaines ; d’ailleurs, tu savais que tatie Ursule était née à Roquefort-la-Bédoule et pas à Althen-les-Paluds ?!!! Dingue hein ! C’est qui ? Euh… »

C’est la raison pour laquelle cet article me semble important. Donner les clés au généalogiste pour interagir avec le Monde Normal, celui des non-initiés.
Faut être compréhensif. Quand l’oncle Ernest vous parle de sa passion pour les sifflets imitant tous les oiseaux, dont la Talève sultane ! et que vous levez les yeux au ciel en priant pour être foudroyé, il faut vous dire que vous pouvez avoir le même effet sur les autres, y compris tonton Ernest !!

D’où quelques conseils, à suivre pour votre propre sécurité.

1.       Si on vous pose une question sur la généalogie, pensez que la personne en face a peut-être une curiosité limitée.
Si au bout d’un quart d’heure, vous répondez toujours à la question et que votre interlocuteur a un regard vide, arrêtez-vous immédiatement. Même si vous êtes au milieu d’une phrase car de toute façon, personne écoute. Si l’autre sourit et vous répond « c’est intéressant », surtout, surtout !!, ne pensez pas que ça veut dire « dis m’en plus ».

2.       Si on ne vous pose pas de question sur la généalogie, n’y répondez pas.
Ca paraît absurde, mais non. Ou peut-être. Enfin, bon…

3.       Tout sujet de discussion n’est pas l’occasion de placer une anecdote généalogique.
Ainsi, si votre interlocuteur a passé de ravissantes vacances à Locmariaquer, inutile de préciser qu’une cousine au 7e degré y a vécu de 1726 à 1729 et de raconter ensuite toute sa vie, y compris que la brave Perrine Leglouec s’est mariée avec son cousin et qu’il a fallu une dispense de consanguinité du 3e au 4e degré, d’ailleurs vous savez comment ça marche en droit canonique ? Je vais vous dire.

4.       Photographier des tombes pour sauvegarder le patrimoine, c’est bien. Attention de ne pas le faire au moment d’un enterrement.
Tout est dans les deux phrases ci-dessus. Je précise : même si c’est l’enterrement de la belle-mère, c’est pas une raison.

5.       Si on vous dit que la généalogie c’est pour les vieux, que ça sert à rien ou autre, restez zen.
Pensez d’abord positivement, que vous êtes dans la nature à l’ombre d’un majestueux arbre aux ramifications multiples. Puis… non en fait, je conseille le crochet du droit. C’est un blog de généalogie ici, je vais pas donner des conseils de survie pour les non-initiés ! Le temps du dialogue viendra plus tard avec les échanges de politesse, La généalogie ça sert rien, Parce que toi tu sers à quelque chose ?, Je suis ta mère !, etc. Bref.

6.       La généalogie étant une passion old-school, rajeunissez-la.
Live-twittez l’atelier de paléographie du vendredi, deuxième du mois, à la salle des fêtes de Beaumont-de-Pertuis.
Faites une vidéo avec des filtres Snapchat en direct des AD avec l’archiviste. Je conseille la licorne qui vomit de l’arc-en-ciel.
Partagez sur Facebook cet article. C’est pour vous que je dis ça.
Si vous allez dîner chez vos parents, restez sur votre téléphone pour échanger des messages blasés avec vos potes généalogistes sur WhatsApp « J’suis chez les parents. Trop la lose. Vivement qu’j’me casse. T’es dispo ce soir ? Sérieux, ça s’rait cool qu’on se fasse une soirée mise à jour des sources Hérédis »

En somme, suivez ces conseils pour votre propre bien-être. Ou alors, faites ce que vous voulez, à vos risques et périls !
Si vous avez des suggestions pour le Guide de survie, n’hésitez pas à les partager en commentaire, ici ou ailleurs, ou par télépathie si vous aussi vous êtes blasés d’écrire parce que franchement, écrire ça fait tellement 2014, c’est mieux YouTube.

Merci de m’avoir lu et à très vite pour un autre article futile à votre survie !

seth meyers thank you GIF by Late Night with Seth Meyers

lundi 6 mai 2019

Les amours déçues : quand la famille s’en mêle


Aujourd’hui, chers lecteurs, parlons un peu d’Amour. Car dans neuf mois c’est la Saint-Valentin !
L’amour n’est pas toujours réciproque, c’est un fait. Mais, même lorsqu’il est réciproque, la famille peut intervenir, dire nein ! et vos espoirs deviennent désespoir. Sur cette note joyeuse, allons-y !

L’argent

Mon aïeul (trisaïeule même !) Mathilde Patte est née en 1859 aux Pays-Bas. Sa famille y était dans le négoce de vins et spiritueux. Du moins son père ; le frère de celui-ci était dans la ganterie. Une bonne famille bourgeoise qui était de Valenciennes, quoi ! Et elle était amoureuse ! Oui, amoureuse !
De qui ?
De son cousin ! Plus exactement son cousin issu de germain, Albert Bruneau (1857-1951). Et c’était réciproque ! Fils d’un riche pharmacien, petit-fils par sa mère d’un filateur de lin (les fameux filateurs du Nord), Albert Bruneau devint ensuite « brasseur »… en fait, ça veut dire qu’il possédait une usine qui fabriquait de la bière. Cet amour de jeunesse fut rapidement déçu car Mathilde n’était pas assez riche pour épouser son cousin : sa dot, trop maigre, ne satisfaisait pas les attentes des parents Bruneau. En en parlant avec ma grand-mère, 93 ans et toujours espiègle, celle-ci me répondit : « Ça explique pourquoi il venait si souvent nous voir à Marseille alors qu’il vivait à Lille ».

Albert Bruneau

Disons que cet amour déçu me permet d’être là aujourd’hui, car après ce béguin, mon arrière-arrière-grand-mère rencontra mon arri… mon aïeul. En effet, Léon Prat, jeune officier en garnison à Condé, dans le Nord, fut amené à rencontrer la famille Patte. Ceux-ci l’aimant bien et lui, cherchant probablement une épouse, trouva Mathilde à son goût et demanda aux parents, formellement, le droit de faire la cour à leur fille. Oui, tout à fait. Ce fut accordé et ils convinrent de se marier.
Ils se sont entendus, ont eu 5 enfants et sont tombés très amoureux l’un de l’autre. Comme quoi !

Léon Prat et Mathilde Patte, mes arrières-arrières-grands-parents

La religion

Léon Prat, de son côté, a aussi vécu une expérience similaire. Il est né en 1851 à Lorient, en Bretagne. Son père était d’origine très modeste puisque fils d’un brassier. Rien à voir avec le brasseur, hein ; le brassier n’avait pour usine que ses bras et vivait du travail qu’on lui donnait le matin même, souvent dans les champs : un journalier, en somme. Il partit donc pour la Bretagne où, cordonnier, il finit par travailler pour l’arsenal de Lorient, s’occupant de chausser les soldats et officiers. Il eut ainsi l’opportunité de se faire un réseau qui fut utile à ses enfants.
C’est ainsi que Léon Prat, jeune, rencontra la famille Caen. Riche famille dont le père considérait le jeune Léon comme un fils. Et le jeune Léon tomba amoureux de la fille. Et elle en pinçait aussi pour lui.
Alors, le jeune Léon demanda à M. Caen s’il pouvait se fiancer avec sa fille. Ce fut un refus net. Malgré toute l’affection de M. Caen pour Léon Prat, il ne pouvait déroger à une règle ancestrale : le mariage entre coreligionnaires. Car les Caen étaient juifs.

M. Caen.

Il s’est passé exactement la même histoire avec le fils de Léon, Marcel Prat, et la fille de cette demoiselle Caen, Charlotte. Amour déçu, encore. Cette dernière épousa un homme juif et ils eurent deux filles. Très tôt veuve, puis remariée à un catholique cette fois-ci, elle vécut une tragédie qui aurait pu l’emporter sans ce second mariage : l’Occupation. Ses deux enfants furent déportées et disparurent dans l’horreur des camps nazis.
Très attachée à Marcel Prat, Charlotte continua pendant bien longtemps de correspondre avec lui. Après la Seconde guerre, elle lui écrivit ceci : « J’ai touché le fond de l’abîme en perdant tous ceux qui m’étaient chers. »

Marcel Prat est mon arrière-grand-père et c’est bien après cette rencontre avec Charlotte qu’il rencontra Mélanie Lefèvre, mon aïeule. Dans un mariage tout à fait arrangé par une marieuse : « La Générale » car épouse du général Ravenez, sa marraine de guerre dont l’époux avait fait Saint-Cyr avec celui qui deviendra son beau-père (ce paragraphe est sponsorisé par Ibuprofène).

Mon arrière-grand-père, Marcel Prat.


La famille

Nous avons vu que Léon Prat et Mathilde Patte ont fini par se marier et sont les parents de Marcel Prat. Ils ont aussi eu une fille Valentine.

Cette dernière, après ses années de pensionnat, revint chez ses parents quelques temps. Son grand-oncle maternel, Ernest Patte, très apprécié, suggéra aux parents de la demoiselle que cette dernière devait peut-être trouver à se marier. Il suggéra un jeune homme, un cousin à eux, Henri Monchicourt. Celui-ci vivait avec ses parents à Milan, où son père a été un temps représentant de la marque Poure et Blanzy (plumes métalliques) pour toute l’Italie. Guère étonnant car ce représentant était le fils de Vincent Monchicourt qui avait fondé une entreprise de plumes métalliques à son nom qu’il arrêta lorsque l’usine fut brûlée durant la Commune. Ils s’y connaissaient en plumes !

A ce moment-là, les Prat vivaient à Amiens (nous étions en 1905). Les parents acceptèrent l’offre de l’oncle Ernest pour faire se rencontrer les jeunes gens. Henri fit donc un voyage Milan-Amiens et trouva la jeune Valentine agréable ; il n’était pas contre l’idée de l’épouser. Après avoir, dans les règles, été autorisé à faire la cour à la jeune fille, la famille décida que ça suffisait et qu’on les marierait au printemps 1906.

Valentine et Henri ne se connaissaient pas et le bref séjour suffit aux familles à décider de l’union. Le mariage ne fut pas malheureux et le couple eut trois enfants. Malgré tout, un petit revers de fortune obligea le couple à quitter l’Italie pour s’installer à Paris. Mariage sans éclat, sans passion et totalement arrangé.

Valentine Prat et son époux, Henri Monchicourt


L’amour qui triomphe !

Parfois, ceci dit, l’amour triomphe ! L’histoire que je vais vous conter, comme les autres, est bien sûr véridique, malgré son côté romanesque.

Elizabeth Prat, sœur de Valentine et Marcel, fille de Léon et Mathilde Patte (vous suivez ?) était l’aînée de la fratrie. Un jour, un cousin désargenté vint rendre visite à la famille : Edmond Carrette. Elle en tomba follement amoureuse et lui tomba follement amoureux de sa cousine. Edmond Carrette alla parler au père de la jeune femme, le très sérieux colonel Prat. Celui-ci refusa net. Il était totalement opposé à cette union.
Pourquoi ?
Parce que le jeune Edmond Carrette était un cousin et un orphelin. Autant je peux comprendre le premier argument, autant le second m’échappe un peu. Ses parents étaient en effet décédés, il lui restait sa grand-mère maternelle, sœur de la grand-mère d’Elizabeth Prat. Cette sœur, Félicie Touillez, née Patte, venait très souvent voir sa sœur Elise à Valenciennes, probablement pour être moins seule et aussi parce que du coup, elle était nourrie et logée à l’œil (ce qui est toujours mieux que de se priver de tout !).
Le père d’Elizabeth refusa ce mariage probablement parce qu’Edmond était trop « juste » financièrement. Il n’était pas pauvre, avait une situation honorable d’employé, mais ce n’était pas suffisant. De plus, Léon Prat estimait qu’Edmond Carrette « n’était pas un homme ». Bref, ça ne passait pas bien du tout.
Elizabeth en tomba malade. Alitée, désespérée, littéralement malade d’amour, son état empirait de jour en jour. Le docteur Woimant vint à son chevet et ne pouvait que constater l’état de la jeune fille. En tant qu’ami intime de la famille, il alla voir le père et lui parla franchement, ne comprenant pas les raisons qui poussait un père à refuser cette union et à laisser sa fille dans un tel état.
Léon Prat prit alors conscience de la situation et probablement aussi de son entêtement. Il autorisa alors officiellement Edmond Carrette à faire la cour à sa fille (sachant qu’ils voulaient déjà se marier, mais bon, le protocole, tout ça…).
Le couple Carrette-Prat se maria en 1906 à Amiens, la même année que le couple Monchicourt-Prat.

Elizabeth Prat et Edmond Carrette

Comme vous avez pu le constater, aimer n’était déjà pas de tout repos. J’ai décidé de limiter cet article, car je compte bien revenir sur le sujet avec d’autres histoires romanesques mais véritables !

vendredi 1 mars 2019

Projet Provence : Les nouveaux relevés de janvier et février 2019 !


Ces deux derniers mois ont été riches en nouveautés du côté des relevés provençaux ! Comme vous le savez peut-être, votre serviteur coordonne le projet "Tables de mariages" pour la région PACA. Il s'agit de relever les tables des mariages ayant été célébrés dans cette région depuis la Révolution.
La période de fin varie beaucoup, d'abord suivant les mises en ligne par les départements et ensuite, même, par commune ! Certains relevés vont jusqu'en 1942.

Depuis fin janvier, je peux vous l'annoncer très officiellement, les Hautes-Alpes sont entièrement dépouillées. Cela fait deux départements sur six d'achevés, avec les Alpes-de-Haute-Provence. Les bénévoles travaillent d'arrache-pied pour permettre à tous d'avoir accès à ces relevés et de trouver en quelques clics, via la base de données de Geneanet, vos ancêtres et collatéraux mariés au XIXe et même au début du XXe siècle.

Sans plus attendre, les relevés de ces deux derniers mois :

Hautes-Alpes (05) :
-          Chorges (1793-1932) : 1'677 mariages par Robert Savouillan
-          Gap(1883-1912) : 1'669 mariages par Thomas Spinosa
-          Gap (1913-1932) : 1'404 mariages par Robert Savouillan
-          La Grave (1793-1932) : 1'457 mariages par Robert Savouillan
-          Saint-Bonnet-en-Champsaur (1793-1932) : 1'489 mariages par Robert Savouillan
-          Serres (1793-1932) : 1'032 mariages par Robert Savouillan

Alpes-Maritimes (06) :
-          Castagniers (1901-1929) : 78 mariages par Martine Jannetti
-          Contes (1890-1940) : 683 mariages par Thomas Spinosa
-          Eze (1908-1929) : 109 mariages par Thomas Spinosa
-          Eze (1932-1940) : 54 mariages par Thomas Spinosa
-          Mouans-Sartoux (1903-1942) : 322 mariages par Bernard Gourbin

Bouches-du-Rhône (13) :
-          Marseille (1802-1904 ; cf. détails dans le relevé) : 65'020 mariages par plusieurs bénévoles cités dans le relevé

Vaucluse (84) :
-          Apt(1893-1932) : 1'801 mariages par Thomas Spinosa
-          Auribeau (1793-1932) : 110 mariages par Thomas Spinosa
-          La Bastide-des-Jourdans (1893-1932) : 125 mariages par Thomas Spinosa
-          La Bastidonne (1793-1802) : 39 mariages par Thomas Spinosa
-          La Bastidonne (1893-1932) : 39 mariages par Thomas Spinosa
-          Beaumettes (1913-1932) : 19 mariages par Bernard Gourbin
-          Beaumont-de-Pertuis (1793-1802) : 77 mariages par Thomas Spinosa
-          Beaumont-de-Pertuis (1893-1932) : 170 mariages par Thomas Spinosa
-          Beaumont-du-Ventoux (1793-1912) : 471 mariages par Robert Savouillan
-          Blauvac (1793-1912) : 358 mariages par Robert Savouillan
-          Bonnieux (1913-1932) : 224 mariages par Bernard Gourbin
-          Buoux(1892-1932) : 29 mariages par Robert Savouillan
-          Cabrières-d’Aigues (1893-1932) : 86 mariages par Thomas Spinosa
-          Cadenet (1893-1932) : 754 mariages par Thomas Spinosa
-          Cheval-Blanc (1893-1932) : 505 mariages par Thomas Spinosa
-          Cucuron (1893-1932) : 331 mariages par Thomas Spinosa
-          Le Crestet (1905-1912) : 17 mariages par Bernard Gourbin
-          Entrechaux (1905-1912) : 46 mariages par Bernard Gourbin
-          Fontaine-de-Vaucluse (1893-1932) : 307 mariages par Bernard Gourbin
-          Gignac (1793-1932) : 222 mariages par Robert Savouillan
-          Grillon (1903-1912) : 92 mariages par Robert Savouillan
-          Lafare (1902-1912) : 3 mariages par Robert Savouillan
-          Lagarde-d’Apt (1793-1932) : 96 mariages par Robert Savouillan
-          Monieux (1793-1912) : 886 mariages par Robert Savouillan
-          Murs (1793-1932) : 596 mariages par Pascal Doche
-          Le Pontet (1893-1932) : 656 mariages par Robert Savouillan
-          Sablet (1793-1912) : 1'054 mariages par Bernard Gourbin
-          Saint-Christol (1793-1912) : 563 mariages par Robert Savouillan
-          Saint-Martin-de-Castillon (1793-1932) : 1'224 mariages par Robert Savouillan
-          Saint-Trinit (1793-1912) : 244 mariages par Robert Savouillan
-          Sault (1793-1932) : 2'299 mariages par Robert Savouillan
-          Séguret (1792-1912) : 958 mariages par Robert Savouillan
-          Sivergues (1793-1932) : 115 mariages par Thomas Spinosa
-          Taillades (1792-1932) : 467 mariages par Thomas Spinosa
-          Thouzon (1793-1814) : 20 mariages par Robert Savouillan
-          Urban (1793-1812) : 4 mariages par Robert Savouillan
-          Violès (1792-1912) : 973 mariages par Philippe Roux


Au total c'est 90'974 mariages mis en ligne entre janvier et février dans le cadre du Projet Provence !!

Vous pouvez vous aussi nous aider à faire aboutir ce projet en dépouillant une commune. La liste des communes disponibles se trouve ici :

A côté de ces relevés, vous en trouverez d'autres concernant des baptêmes ou des mariages plus anciens. Et de très nombreux registres déposés en partenariat entre Geneanet et les AD de Vaucluse ou encore des Hautes-Alpes vous permettront d'avoir accès à des centaines de milliers d'images de registres matricules, de registres d'écrou, de liste de tirage au sort, etc.
Et comme si ça ne suffisait pas, des liasses notariales anciennes ont été déposés pour le Var, mais aussi pour les Bouches-du-Rhône !!
Dans le cadre du projet "Familles Marseillaises" j'ai pu numériser et déposer quelques registres ces deux derniers mois : des liasses notariales, des inventaires après-décès, quelques procédures criminelles et la dernière partie des extraits mortuaires (extraits d'actes de décès de tous les militaires nés dans le 13 et morts soit à l'étranger, soit sur le sol français, de 1793 à 1814).

Via l'indexation collaborative sur Geneanet, vous pouvez indexer les registres d'écrou ou les matricules militaires.

Mais vous pouvez aussi indexer directement via les registres. N'hésitez pas !

Et ensuite ?
Bien sûr, je ne peux pas parler pour les autres, alors disons simplement ce que, de mon côté, je vais faire pendant les deux prochains mois.
Pour les tables de mariages, je devrais finir la décennie 1903-1912 de Nice. C'est un peu sans fin et il reste beaucoup à faire pour finir cette ville. J'entamerai aussi la décennie suivante. Dans les Alpes-Maritimes, je ferai probablement quelques relevés complémentaires car hormis 5 communes, il ne reste que des relevés complémentaires.
Pour le Vaucluse, les AD ont déposé de nouveaux registres étendant les mariages de 1893 jusqu'en 1932 suivant les communes. Du coup, beaucoup de relevés complémentaires à faire. Mon objectif principal est de finir Cavaillon avec la période 1873-1932. Le reste viendra tout seul !
Enfin, j'espère numériser de nouveaux registres. Il n'y aura pas de nouveau "chantier de numérisation", simplement la numérisation d'autres liasses notariales et la poursuite des registres d'inventaires après-décès. Pour les liasses notariales, je travaille avec François Barby que les généalogistes marseillais connaissent bien grâce à sa reconstitution des familles marseillaises du XIIIe au XVIe siècle ; je lui numérise des registres et il les dépouille pour reconstituer les familles. Voilà pourquoi il ne semble pas y avoir d'ordre particulier dans les numérisations de notaires (alors qu'en fait... suspens... il y en a un !)

Bref, sur ce, je vous laisse découvrir ces relevés et vous encourage soit à participer directement soit à en parler autour de vous, y compris aux associations qui souhaiterait un partenariat. Je m'occupe peut-être de la région PACA, mais, contrairement aux apparences, il y a d'autres régions en France ! Et les autres coordinateurs ont besoin de vous.